—Eh bien, alors, soyez amis et alliés. Jurez de marcher la main dans la main jusqu'à ce que Pardaillan soit mort. Jurez-le sur le Christ! ajouta Espinosa en leur tendant sa croix pastorale.

Et les deux ennemis, réconciliés dans une haine commune contre le rival préféré, tendirent la main sur la croix et grondèrent d'une même voix:

—Je jure!...

—C'est bien, dit gravement Espinosa, je prends acte de votre serment! Alliance offensive et défensive, et sus à Pardaillan!

—Sus à Pardaillan! C'est juré, monseigneur.

—Cardinal Montalte, dit Espinosa en se levant, vous êtes moins grièvement atteint que le duc de Ponte-Maggiore; je le confie à vos bons soins. Il n'y a pas un instant à perdre; il faut que vous soyez sur pied le plus tôt possible. Songez que vous avez affaire à un rude lutteur, qui, pendant que vous êtes Cloués ici, par votre faute, ne perd pas son temps, lui. Au revoir, messieurs.

Et Espinosa sortit de son pas lent et grave.

Suivant la promesse du grand inquisiteur, Fausta, escortée de Sainte-Maline, Montsery et Chalabre, avait quitté l'Alcazar avec tous les honneurs dus à son rang.

Fausta aimait à s'entourer d'un luxe inouï partout où elle allait. A cet effet, elle semait l'or à pleines mains. Le luxe fabuleux dont elle s'entourait faisait partie d'un système, un peu théâtral, savamment étudié. C'était comme une sorte de mise, en scène éblouissante destinée à frapper l'imagination de ceux qui l'approchaient, tout en mettant en relief sa beauté.

A Séville, Fausta s'était fait immédiatement aménager une demeure somptueuse où s'entassaient les meubles précieux, les tentures chatoyantes, les bibelots rares, les toiles de maîtres les plus réputés de l'époque. Ce fut dans cette demeure que sa litière la conduisit.