—Il vient de se mettre à table avec El Torero et un grand diable qu'il a appelé Cervantes.

—Bon! je connais! Retourne à ton poste, et, s'il y a du nouveau, viens m'avertir à la maison des cyprès.

L'ombre s'éclipsa instantanément. Centurion reprit sa course dans la nuit, en se frottant les mains avec une jubilation intense.

A quelques dizaines de toises du Guadalquivir, dans un endroit désert, une maison solitaire se dissimulait, prudemment tapie au centre de massifs de palmiers, d'orangers, de citronniers et de fleurs aux subtils parfums. Tout autour de cette première barrière de fleurs et de verdure, une double rangée de cyprès géants dressaient leur sombre feuillage comme un rideau opaque. Le rideau de cyprès était entouré lui-même d'une muraille assez élevée qui gardait la mystérieuse demeure et la défendait contre toute intrusion intempestive.

Centurion s'en fut droit à une porte bâtarde percée dans la muraille. Il frappa d'une certaine façon et la porte s'ouvrit aussitôt. Il traversa le jardin en homme qui connaît son chemin, contourna la maison et, après avoir franchi les marches du perron monumental, il pénétra dans un vaste et somptueux vestibule.

Quatre laquais, revêtus d'une livrée de nuance discrète et très sobre d'ornements, semblaient monter la garde dans ce vestibule où le bachelier-bravo était sans doute attendu, car, sans qu'une parole fût prononcée, un des laquais souleva une lourde tenture de velours et l'introduisit dans un cabinet meublé avec un luxe d'une richesse inouïe.

Ce n'était sans doute pas la première fois qu'il pénétrait dans ce cabinet, car le familier jeta à peine un regard distrait sur les splendeurs qui l'environnaient. Il était resté campé au milieu de la pièce.

Une apparition blanche surgit soudain d'une merveilleuse portière de brocart, soulevée par une main invisible, et s'avança d'un pas lent et majestueux.

C'était Fausta. Centurion se courba dans une révérence qui ressemblait à un agenouillement.

—Parlez, maître Centurion, dit Fausta sans paraître remarquer l'étrange costume du personnage.