—Madame, dit Centurion, toujours courbé, j'ai le blanc-seing.

—Donnez, dit Fausta sans manifester la moindre émotion.

Centurion tendit le parchemin que venait de lui confier Barba Roja.

Fausta le prit, l'étudia attentivement et demeura un long moment rêveuse. Enfin, elle plia le parchemin, le mit dans son sein et, toujours impassible, de son pas lent et un peu théâtral, elle alla s'asseoir devant une table et traça quelques lignes de sa fine écriture sur un parchemin qu'elle tendit au familier en disant:

—Quand vous voudrez, vous passerez à ma maison de la ville, et, sur le vu de ce bon, mon intendant vous remettra les vingt mille livres promises.

Centurion saisit le bon d'une main frémissante et le parcourut d'un coup d'oeil.

—Madame, fit-il d'une voix tremblante d'émotion, il y a erreur, sans doute...

—Comment cela? Ne vous ai-je pas promis vingt mille livres? dit Fausta, très calme.

—Précisément, madame... et vous me remettez un bon de trente mille livres!

—Les dix mille livres en surplus sont pour récompenser la célérité avec laquelle vous avez exécuté mes ordres.