Quelquefois, lorsqu'elle passait à sa portée, il osait allonger la main, saisissait un coin de la basquine et la baisait dévotement.

Un jour qu'il avait mal calculé son mouvement, au lieu de la basquine, il avait effleuré le mollet. Il en était resté tout saisi. D'autant que Juana, croyant à la grossière plaisanterie de quelque client, s'était arrêtée, pâle d'indignation, en jetant un grand cri qui avait fait accourir Manuel et les serviteurs.

Piteusement, il était sorti de sa cachette et, à genoux devant elle, les mains jointes, il avait murmuré:

—C'est moi, Juana. N'aie pas peur.

Bien qu'il fût dans un état pitoyable, à ne pas prendre avec des pincettes, elle l'avait reconnu tout de suite. Elle avait même paru très contente et elle avait répondu à son père qui s'informait:

—Ce n'est rien. Je me suis heurtée contre cette table et je n'ai pu me retenir de crier comme une sotte.

Elle l'avait conduit dans un endroit écarté. Tout de suite elle l'avait pris de très haut avec lui:

—Que faisais-tu dans ce coin? Sacripant! paresseux! Comment oses-tu reparaître dans la maison que tu as abandonnée, sans un adieu, sans regrets? Ingrat!

—Je voulais te voir, Juana.

—Oui-da! Et d'où te vient ce tardif désir, après des jours et des jours d'oubli?