—Tu as raison. Je vais me reposer. Je ne veux pas qu'il me trouve laide.

—Et quand il sera de retour, que feras-tu? Qu'espères-tu, Juana?

Elle tressaillit et pâlit affreusement.

Qu'espérait-elle, au fait? Elle ne s'était pas posé cette question, la petite Juana.

Elle avait vu le seigneur français si beau, si brave, si étincelant et si bon aussi. Son petit coeur vierge avait battu la chamade et elle l'avait laissé faire sans se rendre compte du danger qu'il lui faisait courir.

Mais, devant la question si nette et si franche du Chico, elle voyait, trop tard, l'énormité à quoi aboutissait son inconséquence. Évidemment il ne pouvait être question d'union entre la fille d'un hôtelier comme elle et ce seigneur français, envoyé du roi de France.

Alors, que pouvait-elle espérer?

Le Français avait-il seulement fait attention à elle? Évidemment, elle n'existait pas pour lui, et, s'il avait eu pour elle quelques paroles de banale galanterie, c'était par pure habileté sans doute, car il n'était pas fier et il était si bon. Mais, de là à concevoir un espoir quelconque, quelle folie!

—Ramène-le vivant, fit-elle, c'est tout ce que je demande. Pour le reste, je sais bien que je n'ai rien à espérer. Le sire de Pardaillan retournera dans son pays, et, moi, je me consolerai et l'oublierai petit à petit. Tu me resteras, toi, mon Chico, et je t'aimerai bien, va... Nul ne le mérite plus que toi.

Cette espérance qu'elle lui donnait, sans y croire elle-même, lui mit la joie dans l'âme, et, pour achever de l'affoler, elle se pencha sur lui, posa chastement ses lèvres sur son front et dit en le poussant doucement: