—Va, Chico. Fais ce que tu pourras. Moi, je vais tâcher de reposer un peu en t'attendant.
XXIV
SUITE DES AVENTURES DU NAIN
Le nain s'en fut à petits pas, la tête penchée sur sa poitrine, plongé dans des pensées qui l'absorbaient entièrement. Il allait sans appréhension. Qu'aurait-il redouté? Tout ce qu'il y avait de mendiants, de vagabonds dans Séville connaissaient le Chico;
Le petit homme ne craignait donc rien, si ce n'est la rencontre d'une ronde de nuit. Mais il avait la vue perçante, l'ouïe très fine; il était vif et leste comme un singe, et, en cas d'alerte, l'exiguïté de sa taille lui permettait de se faire un abri de tout ce qu'il rencontrait sur sa route: borne, tronc d'arbre ou simple trou.
S'il était sans appréhensions, par contre, il était très perplexe. Remué jusqu'au fond de l'âme par la plainte de Juana disant qu'elle mourrait de la mort de Pardaillan, le Chico, sans mesurer la portée de ses paroles, avait promis de le rechercher et de le ramener vivant, laissant ainsi entendre qu'il était persuadé que le chevalier était vivant.
Or, c'était tout le contraire. Chico avait de bonnes raisons de croire que celui qu'il considérait comme un rival avait été proprement occis. Aussi, tout en marchant sous le ciel étoile, il bougonnait, l'air furieux:
«J'avais bien besoin de promettre de le chercher. Que vais-je faire maintenant? Le Français, c'est certain, à l'heure qu'il est, son corps doit rouler dans les flots du Guadalquivir, et c'est bien fait pour lui! Tiens! Pourquoi est-il venu me voler le coeur de Juana?»
Ayant ainsi manifesté ses sentiments contre son rival, il reprit le cours de ses réflexions.
«Je ne suis pas une bête, tiens! J'ai bien compris que les hommes de Centurion avaient préparé une embuscade dans la maison où je le conduisais. Si don César n'a rien trouvé, c'est que le corps a été jeté dans le fleuve.»