Il réfléchit un moment, l'index posé au coin des lèvres, sur lesquelles se jouait un sourire rusé.

«A moins que le Français ne soit enfermé dans une des caches secrètes de la maison. Tiens! c'est qu'il y en a des caches dans cette maison, et je ne les connais pas toutes. Mais pourquoi?»

Cette idée lui parut absurde.

«Non! ce n'est pas pour le relâcher que la princesse l'a attiré chez elle!» reprit-il.

Il s'arrêta un instant et réfléchit:

«Pourtant j'ai promis à Juana. Alors, que faire? Aller visiter les caches que je connais?... Et si, par malheur, je trouve le Français vivant! Il faudrait donc le prendre par la main et le conduire à petite maîtresse?... Est-ce possible?...»

Une expression d'angoisse inexprimable crispa ses traits et, farouche, il pensa:

«Je suis un homme et je suis riche, maintenant, et je suis bien fait, m'a-t-on dit, et, à part ma petitesse, je n'ai nulle infirmité ni monstruosité. Pourquoi une femme ne voudrait-elle pas de moi? Juana, si grande près de moi, hélas! est toute petite à ce qu'on dit. Si elle le voulait, je ferais d'elle la femme la plus heureuse du monde. Je l'aime tant! Oui, mais suis petit, voilà! Alors personne ne veut de moi, elle pas plus qu'une autre. Pourquoi? Parce que le monde se moquerait de la femme qui oserait prendre pour époux un nain!...»

Il mit brutalement ses petits poings sur ses yeux et, de nouveau, la lutte reprit dans cette conscience aux abois:

«La princesse, qui est une savante, m'a dit qu'on atteignait les gens plus sûrement en les frappant dans leurs affections qu'en les frappant eux-mêmes. Juana m'a dit qu'elle mourrait si ce Français de malheur ne revenait pas. C'est moi qui l'ai conduit à la mort, le Français, et Juana, sans le savoir, m'a traité d'assassin. Si Juana meurt, comme elle l'a dit, c'est donc moi qui l'aurai tué et je serai deux fois assassin. Et cela, est-ce possible? Et pourtant!... Si Juana meurt, je meurs. Si je lui amène le Français, elle vit, et, moi, je meurs quand même... Je meurs de désespoir et de jalousie... De quelque manière que je me retourne, c'est moi qui suis frappé. Pourquoi? Quel crime ai-je commis?»