«Bon! pensa Pardaillan, il pleure: le voilà sauvé!»
Il allongea les bras, attira le nain à lui, posa sa petite tête baignée de larmes sur sa large poitrine, et, avec des gestes tendrement fraternels, il se mit à le bercer doucement, avec des paroles réconfortantes.
Et le nain qui, de sa vie, ne s'était connu un ami, qui n'avait jamais senti une affection se pencher sur sa détresse, se laissait faire, ému d'une émotion infiniment douce, émerveillé de sentir au contact de ce coeur noble et généreux germer en lui la fleur d'un sentiment fait de gratitude attendrie et d'affection naissante.
Doucement, El Chico se dégagea et regarda Pardaillan comme s'il ne l'avait jamais vu. Il n'y avait plus ni colère ni révolte dans les yeux du petit homme. Il n'y avait plus cette expression de morne désespoir qui avait ému le chevalier. Il n'y avait plus dans ces yeux qu'un étonnement prodigieux: étonnement de ne plus se sentir le même, étonnement de ne pas reconnaître celui dont le contact avait suffi pour opérer en lui une métamorphose qui le stupéfiait.
—Là! fit joyeusement Pardaillan, c'est fini, n'est-ce pas? Tu vois que je ne suis pas aussi mauvais diable que tu croyais. Allons, donne ta main et soyons bons amis.
Et, de nouveau, il tendit sa main à El Chico, qui baissa la tête, et, honteux, murmura:
—Malgré ce que j'ai fait et dit, vous voulez...
—Donne-moi ta main, te dis-je, insista Pardaillan sérieux. Tu es un brave garçon, El Chico, et, quand tu me connaîtras mieux, tu sauras que je dis bien rarement ce que je viens de te dire.
Vaincu, le nain mit sa main dans celle du chevalier, où elle disparut, et murmura:
—Vous êtes bon!