Fausta eut un mince sourire, et, comme si elle n'avait pas entendu, elle continua:

—On s'étonnera surtout que ce personnage ait été assez oublieux de son rang et de sa dignité pour épouser une jeune fille du peuple. Car la famille de la Giralda est connue maintenant. Elle est, cette petite, de la plus basse extraction.

Centurion chancela sous le coup qui était rude, affreux. L'amour qu'il avait affiché pour la Giralda n'était qu'une comédie. Il s'était imaginé, par suite d'on ne savait quels indices, que la bohémienne était issue d'une illustre famille. Il avait conçu ce plan: avec l'assistance de Fausta, évincer Barba Roja, écarter le Torero, Débarrassé de ces deux obstacles, lui Centurion, déjà riche, en passe de devenir un personnage, consentait à épouser cette fille sans nom.

Une fois le mariage consommé, un heureux hasard lui ferait connaître à point nommé la filiation de son épouse. Il devenait du coup l'allié d'une des plus illustres familles du royaume. Et si, plus tard, devenu roi, le Torero s'avisait de rechercher son ancienne amante, lui, Centurion, savait trop quels bénéfices un courtisan complaisant peut tirer d'un caprice royal.

Tel avait été le plan de Centurion. Et c'est au moment où il voyait ses affaires marcher au mieux de ses désirs qu'il apprenait brutalement qu'il s'était trompé, que la Giralda, dont il avait rêvé de faire le pivot de sa fortune, n'était qu'une pauvre fille de basse extraction.

Ce coup l'assommait.

Le voyant muet d'hébétude, Fausta acheva:

—Hé! quoi! Ne le saviez-vous pas? Auriez-vous commis cette faute, impardonnable pour un homme de votre force, de prêter une oreille crédule aux propos de cette fille qui se croit issue d'une famille princière?

Cette fois, il n'y avait pas à douter, la raillerie était flagrante, cruelle: elle savait certainement.

—Épargnez-moi, madame! supplia-t-il, honteux.