Fausta le considéra une seconde et, haussant dédaigneusement les épaules:

—Êtes-vous enfin convaincu qu'il est inutile d'essayer de jouer au plus fin avec moi?

—Que faut-il dire de votre part à Barba Roja? demanda-t-il, jetant le masque et résolument cynique.

—De ma part, dit Fausta avec un suprême dédain, rien. De la vôtre, à vous, dites-lui que la bohémienne ne manquera pas d'assister à la corrida, puisque son amant doit y prendre part. Don Almaran, placé à la source même des informations, ne doit pas ignorer qu'il se trame quelque coup de traîtrise, lequel sera mis à exécution pendant que se déroulera la corrida. Il doit savoir que le coup préparé par M. d'Espinosa avec le concours du roi n'ira pas sans tumulte. A lui de profiter de l'occasion et de s'emparer de celle qu'il convoite. Quant à vous, comme J'ai besoin d'être tenue au courant de ce qui se trame chez mes adversaires, il vous faut éviter à tout prix d'éveiller des soupçons. En conséquence, vous aurez soin de vous mettre à sa disposition pour ce coup de main et de le seconder de telle sorte qu'il réussisse. Tout le reste vous regarde à la condition que la Giralda soit perdue à tout jamais pour don César, et sans que j'y sois pour rien. Vous me comprenez?

—Je vous comprends, madame, et j'agirai selon vos ordres, dit le bravo, heureux de se tirer d'affaire.

Très froide, elle dit:

—Je vous engage à prendre toutes les dispositions utiles pour mener à bien cette affaire. Vous avez beaucoup à vous faire pardonner, maître Centurion.

Le bravo frémit. Il comprenait le sens de la menace. La situation dépendait de sa réussite. Il réussirait donc coûte que coûte:

—La bohémienne disparaîtra, j'en réponds, dussé-je la poignarder de mes mains, dit-il avec assurance.

—Partons, dit alors Fausta très paisiblement.