A ce moment, sept ou huit des plus vifs parmi les assaillants n'avaient plus que deux rangées de banquettes à franchir pour être sur lui. Posément, avec des gestes mesurés, Pardaillan se courba et saisit à pleins bras la banquette sur laquelle il appuyait son genou.

C'était une banquette longue de plus d'une toise, en chêne massif et dont le poids devait être énorme.

Pardaillan la souleva sans effort apparent et, quand les premiers assaillants se trouvèrent à sa portée, il balaya l'espace de sa banquette tendue à bout de bras, en un geste large, foudroyant de force et de rapidité.

Un homme resta sur le carreau, trois se retirèrent en gémissant, les autres s'arrêtèrent interdits. Pardaillan se mit à rire doucement et souffla un moment.

Mais le reste de la bande arrivait et poussait les premiers rangs, qui durent avancer malgré eux. Pardaillan, froidement, méthodiquement, recommença le geste de la mort. Trois nouveaux éclopés durent se retirer.

Ils n'étaient plus que treize, en omettant les trois ordinaires qui assistaient, béants d'admiration, à cette lutte épique d'un homme contre vingt. Les hommes de Centurion s'arrêtèrent, quelques-uns même s'empressèrent de reculer, de mettre la plus grande distance possible entre eux et la terrible banquette.

Pardaillan souffla encore un moment et, profitant de ce qu'ils se tenaient en groupe compact, il souleva de nouveau l'arme formidable que lui seul peut-être était capable de manier avec cette aisance: il la balança un instant et la jeta à toute volée sur le groupe pétrifié.

Alors ce fut la débandade. Les hommes de Centurion s'enfuirent en désordre et ne s'arrêtèrent que dans l'espace libre devant l'estrade. Avec Centurion, qui avait eu la chance de s'en tirer avec quelques contusions sans importance, bien qu'il ne se fût pas ménagé, ils n'étaient plus que six hommes valides.

Cinq étaient restés sur le carreau, morts ou trop grièvement endommagés pour avoir la force de se relever. Les autres, plus ou moins éclopés, geignant et gémissant, étaient hors d'état de reprendre la lutte.

Pardaillan passa sa main sur son front ruisselant de l'effort soutenu, et, en riant, du bout des lèvres: