Alors Espinosa, de sa voix toujours calme, prononce:
—Monsieur, le poison que la princesse Fausta a pris sous vos yeux lui a été vendu par Magni, [1] le marchand d'herbes que vous connaissez... Ce Magni est un homme à moi... Il existe un contrepoison unique... Ce contrepoison, je l'ai sur moi... Le voici! En disant ces mots. Espinosa fouille dans sa bourse et en sort un minuscule flacon.
Note 1:[ (retour) ] Herboriste connu à Rome, véhémentement soupçonné d'avoir empoisonné Sixte-Quint, sur l'ordre de l'inquisition d'Espagne.
Une clameur de joie délirante jaillit des lèvres de Montalte. Il saisit les mains de l'inquisiteur, et d'une voix vibrante:
—Ah! monseigneur, sauvez-la!... Sauvez-la et puis prenez ma vie... je vous la livre.
—Monsieur le cardinal, votre vie nous est précieuse... Ce que j'ai à vous demander. Dieu merci, est de moindre importance.
Montalte eut la sensation très nette que l'inquisiteur allait lui proposer quelque effroyable marché duquel dépendrait la mort de Fausta. Mais il regarda Espinosa bien en face et dit:
—Tout, monseigneur! Demandez!
Espinosa s'approcha jusqu'à le toucher, presque, et le dominant du regard:
—Prenez garde, cardinal!... Prenez bien garde... Je sauve cette femme, puisque sa vie vous est précieuse au-dessus de tout... Mais, en échange, vous, vous m'appartenez... n'oubliez pas cela...