—Parle... Avoue!... Avoue donc, misérable!...
—Et la victime, dans un spasme d'agonie, coupant elle-même, d'un coup de dents furieux, un morceau de sa langue et crachant, avec son mépris, ce lambeau sanglant au visage de son père comme pour lui dire:
«Je ne parlerai pas!»
—Et le père bourreau, vaincu peut-être par ce courage surhumain, essuyant d'un geste machinal son visage souillé, arrêtant d'un geste le supplice... Voilà ce qui se passa dans ce cachot, chevalier.
—Mordieu! l'épouvantable histoire!... Mais d'où tenez-vous ces détails si précis?...
Comme s'il n'avait pas entendu, Cervantes reprit:
—On annonça que le roi avait fait grâce et que la peine de mort était commuée en prison perpétuelle. Et, quelques jours plus tard, en juillet 1568, on annonça que l'infant était mort. On ajoutait que ce malheureux prince menait une vie fort déréglée, qu'il mangeait énormément de fruits et autres choses contraires à sa santé, qu'il buvait à jeun de grands verres d'eau glacée, dormait découvert, au serein, pendant les fortes chaleurs, et que tous ces excès avaient miné sa santé.
—Et, la reine, fut-elle épargnée?
—On ne touche pas à la reine, en Espagne... La reine ne fut pas inquiétée. Seulement, deux mois après la mort de don Carlos, elle mourait, elle-même, à vingt-deux ans... des suites de couches... dit-on.
—Oui, c'est une coïncidence assez éloquente, en effet. Dites-moi, vous qui êtes poète, avez-vous remarqué comme, parfois, le silence parle plus éloquemment que la parole? dit Pardaillan sans transition.