—Écartez-vous donc, madame, et ne craignez rien. Il n'échappera pas au sort qui l'attend.

Et, se tournant vers Pardaillan qui, un sourire dédaigneux aux lèvres, avait attendu patiemment la fin de cet entretien particulier:

—Holà! monsieur de Pardaillan, fit-il à haute voix, ne pensez-vous pas que l'heure est bien choisie pour donner au mauvais écolier que je suis une de ces prestigieuses leçons dont vous seul avez le secret? Voyez l'admirable galerie de braves qui vous entoure. Où trouver témoins plus nombreux et mieux qualifiés de la défaite humiliante que vous ne manquerez pas de m'infliger?

Pardaillan savait bien, quoi qu'il en eût dit, que Bussi-Leclerc était brave. Mais d'où venait donc qu'il osât l'appeler en combat singulier devant cette multitude de soldats, lesquels seraient témoins de son humiliation? Car il ne pouvait se leurrer à ce point de croire qu'il serait vainqueur.

Il eut l'intuition que cette superbe assurance cachait quelque coup de traîtrise.

Il jeta autour de lui un coup d'oeil circulaire comme pour s'assurer qu'on n'allait pas le charger à l'improviste, par-derrière.

Mais non, les soldats attendaient, raides et immobiles, qu'on leur donnât des ordres, et les officiers, de leur côté, semblaient se guider sur Bussi. Il secoua la tête pour chasser les pensées qui l'importunaient, et, de sa voix mordante:

—Et, si je vous disais que, dans les conditions où il se produit, il ne me convient pas d'accepter votre défi?

—En ce cas, je dirai, moi, que vous vous êtes vanté en prétendant m'avoir désarmé. Je dirai—continua Bussi en s'animant—que le sire de Pardaillan est un fanfaron, un bravache, un hâbleur, un menteur. Et, s'il le faut absolument, pour l'amener à se battre, j'aurai recours au suprême moyen, celui qu'on n'emploie qu'avec les lâches, et je le souffletterai de mon épée, ici, devant vous tous qui m'entendez et nous regardez!

Et, ce disant, Bussi-Leclerc fit un pas en avant et leva sa rapière comme pour en cingler le visage du chevalier.