Et, il y avait dans ce geste, dans cette provocation inouïe, adressée à un homme virtuellement prisonnier, quelque chose de bas et de sinistre qui amena un murmure de réprobation sur les lèvres de quelques officiers.

Mais Bussi-Leclerc, emporté par la colère, ne remarqua pas cette réprobation.

Quant à Pardaillan, il se contenta de lever la main, et ce simple geste suffit pour que le maître d'armes n'achevât pas le sien. D'une voix blanche qui fit passer un frisson sur la nuque du provocateur:

—Je tiens le coup pour reçu, dit froidement Pardaillan.

Et, faisant deux pas en avant, plaçant le bout de son index sur la poitrine de Bussi:

—Jean Leclerc, dit-il avec un calme effrayant, je vous savais vil et misérable, je ne vous savais pas lâche. Vous êtes complet maintenant. Le geste que vous venez d'esquisser, vous le paierez de votre sang. Tiens-toi bien, Jean Leclerc, je vais te tuer!

Alors, ses yeux tombèrent sur le fer qu'il avait à la main. C'était cette épée qui n'était pas à lui, cette épée qu'il avait ramassée au cours de sa lutte avec Centurion et ses hommes, cette épée qui lui avait paru suspecte au point qu'il avait discuté un moment avec lui-même pour savoir s'il ne ferait pas bien de retourner la changer.

Et voilà qu'en se voyant ce fer à la main ses soupçons lui revenaient en foule, et une vague inquiétude l'envahissait. Et il lui semblait que Bussi-Leclerc le considérait d'un air narquois, comme s'il avait su à quoi s'en tenir.

Tour à tour, il regarda sa rapière et Bussi-Leclerc comme s'il eût voulu le fouiller jusqu'au fond de l'âme Et la mine inquiète du spadassin ne lui dit sans doute rien de bon, car il revint à son épée.

Il saisit vivement la lame dans sa main et la fit ployer et reployer. Il avait déjà fait ce geste dans la rue et n'avait rien découvert d'anormal. Cette fois encore, l'épée lui parut à la fois souple et résistante. Il ne découvrit aucune tare.