—Le laquais qui vous a conduit à moi, dit cet important personnage, me dit que vous vous appelez don César. Je pense que ceci n'est que votre prénom... Excusez-moi, monsieur, avant de vous conduire près de mon illustre maîtresse, j'ai besoin de savoir au moins votre nom... Vous comprendrez cela, je l'espère.

Très froid, le jeune homme répondit:

—Je m'appelle don César, tout court. On m'appelle aussi le Torero.

—Pardonnez-moi, monseigneur, je ne pouvais pas deviner... Je suis au désespoir de ma maladresse; j'espère que monseigneur aura la bonté de me la pardonner... La princesse est menacée dans ce pays, et je dois veiller sur sa vie... Si monseigneur veut bien me suivre, j'aurai l'insigne honneur de conduire monseigneur auprès de la princesse qui attend la visite de monseigneur avec impatience, je puis le dire.

Devant ce respect outré, sous cette avalanche de monseigneurs, le Torero demeura muet de stupeur. Il jeta les yeux autour de lui pour voir si ce discours ne s'adressait pas à un autre. Il se vit seul avec M. l'Intendant. Et il dit doucement, comme s'il avait craint de l'exciter en le contrariant:

—Vous vous trompez, sans doute. Je vous l'ai dit: je m'appelle don César, tout court, et je n'ai aucun droit à ce titre de monseigneur que vous me prodiguez si abondamment.

Mais le vieil intendant secoua la tête et, se frottant les mains à s'en écorcher les paumes:

—Du tout! du tout! dit-il. C'est le titre auquel vous avez droit... en attendant mieux.

Le Torero pâlit et, d'une voix étranglée par l'émotion:

—En attendant mieux?... Que voulez-vous donc dire?