—Rien que ce que j'ai dit, monseigneur. La princesse vous expliquera elle-même.

—En ce cas, conduisez-moi auprès d'elle!

—Tout de suite, monseigneur, tout de suite! Acquiesça l'intendant qui se hâta de prendre son chapeau, son manteau et se précipita à la suite du Torero.

Hors la maison, l'intendant précéda don César et, trottinant à pas rapides et menus, il le conduisit en ville, sur la place San Francisco, déjà encombrée d'une foule bruyante, avide d'assister au spectacle promis.

Si le pavé de la place était envahi par une masse compacte de populaire, les tribunes, les balcons, les fenêtres qui entouraient la place n'étaient pas moins garnis. Mais là, c'était la foule élégante des seigneurs et des nobles dames.

Tous et toutes, nobles et manants, attendaient avec la même impatience sauvage.

Au centre de la place se dressait le bûcher, immense piédestal de fascines et de bois sec sur lequel devaient prendre place sept condamnés.

Face au bûcher, se dressait l'autel construit sur la place même, paré de riches dentelles, tendu de fine lingerie, d'une blancheur immaculée, enguirlandé, fleuri, illuminé comme pour une grande fête: et c'était en effet jour de grande fête.

Du haut de la grosse tour du couvent de San Francisco proche, sans discontinuer, le glas tombait, lent, lugubre, sinistre, affolant. Il annonçait que la fête était commencée, c'est-à-dire que les condamnés, les juges, les moines, les confréries, la cour, le roi, tout ce qui constituait le cortège, sortaient de la cathédrale pour traverser processionnellement les principales voies de la ville, toutes aussi encombrées de curieux, avant d'aboutir à la place où les victimes, du haut de leur bûcher, devaient assister à la célébration de la messe, avant que les bourreaux ne missent le feu aux fascines.

La haine, la fureur, l'impatience, la joie, une joie hideuse, tels étaient les sentiments qui éclataient sur toutes les faces convulsées. Pas un mot de pitié, pas une protestation.