Le compliment, venant de lui, n'avait pas de prix. Le Chico et la petite Juana en devinrent écarlates de plaisir et d'orgueil. Seulement, alors que la jeune fille semblait approuver hautement ces paroles par une mimique expressive, le petit homme eut un geste confus qui voulait dire: ne vous moquez pas de moi.

Devant son geste, Pardaillan insista:

—Puisque je te le dis... Je m'y connais un peu, il me semble. Quel dommage que tu n'aies pas plus de forces qu'un oiselet chétif! Mais j'y songe!... A tout prendre, c'est un malheur facilement réparable... et je veux le réparer... Comment n'y ai-je pas songé plus tôt?... Je veux t'apprendre à manier une épée...

A cette offre inespérée, quoique secrètement désirée sans doute, le nain bondit, et, les yeux brillants de joie, joignant ses petites mains, il s'écria:

—Quoi!... Vous consentiriez?...

—Par Pilate! comme disait monsieur mon père, je ne me dédis jamais, tu sauras cela, mon Chico! Et la preuve, c'est que je vais te donner ta première leçon... à l'instant même.

Le nain se mit à sauter de joie, et Juana, aussi joyeuse que lui, battit des mains. Seulement, la joie de la jeune fille fondit comme neige au soleil quand elle entendait Pardaillan ajouter d'un air très détaché:

—D'autant que pour l'expédition que nous allons entreprendre ce soir et celle de demain matin, le peu que je vais t'enseigner en une leçon te sera peut-être utile...

Et, sans paraître remarquer la soudaine pâleur de la jeune fille, ni le regard de douloureux reproche qu'elle attachait sur lui, il ajouta:

—Juana, ma mignonne, envoyez donc chercher dans ma chambre deux épées... sans oublier les boutons que vous trouverez dans quelque poche d'habit pendu au mur.