Les treize, en effet, avaient eu cette suprême pudeur de tenter—pour la forme—une illusoire résistance. Lorsqu'ils entendirent le double hurlement de douleur de deux des leurs, ils étaient déjà prêts à lâcher pied.
Pour comble de malchance, voici qu'à cet instant précis des glapissements aigus se firent entendre sur leur flanc. Et quelque chose, ils ne savaient quoi, un étrange petit animal, quelque petit démon, suppôt de ce grand diable, sans doute, qui n'arrêtait pas de pousser des cris perçants qui leur déchiraient les oreilles, se glissa entre leurs jambes et, partout où cette fantastique et insaisissable petite bête se faufilait ainsi, un combattant atteint soit au mollet, à la cuisse ou au ventre, jamais plus haut, poussait un hurlement où la terreur superstitieuse tenait autant de place que la douleur réelle, et, sans demander son reste, le blessé, réunissant toutes ses forces, se hâtait de tirer au large, se défilant de son mieux le long des bas-côtés du sentier.
En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, la place se trouva déblayée.
Sur le champ de bataille, il ne restait que le cadavre de Barba Roja et les corps évanouis, ou morts, de Barrigon et de Centurion, tombés non loin de la Giralda.
XXII
L'AVEU DU CHICO
Alors, Pardaillan partit d'un long éclat de rire, et, s'adressant à ce diablotin qui avait semé la panique dans la troupe des spadassins, et continuait à pousser des clameurs aiguës, entrecoupées d'éclats de rire sardoniques, et se démenait en brandissant une longue aiguille à tricoter et contrefaisait les contorsions et les grimaces des vaincus blessés et fuyant, tels des lièvres:
—Bravo, Chico! cria-t-il enthousiasmé.
Mais, aussitôt, il se reprit et, très sévère:
—Est-ce ainsi que tu obéis à mes ordres?...