La joie qui animait la tête fine et intelligente du nain tomba soudain.

Piteusement, il expliqua qu'il avait bien compris l'intention de Pardaillan, et qu'il serait mort de honte s'il avait poussé la poltronnerie jusqu'à demeurer spectateur impassible de l'inégale lutte.

—Imbécile! fit Pardaillan en dissimulant un sourire de satisfaction. La lutte était inégale, en effet... mais pas à leur avantage... puisqu'ils sont en fuite.

—C'est vrai, tout de même, avoua le nain.

—Malheureux! Et si tu avais été tué?... Je n'aurais jamais osé me représenter devant certaine hôtesse que tu connais.

Et, pour couper court à l'embarras du Chico, il se dirigea vers la Giralda, évanouie et non endormie, s'accroupit devant elle et, du tranchant de son épée, se mit à couper les cordes qui liaient ses pieds et ses mains. A ce moment, il entendit la voix étranglée du Chico crier:

—Gardez-vous!...

En même temps, il perçut comme un glissement sur son dos, et, tout de suite après, un grand cri suivi d'un râle. Il se redressa d'un bond, l'épée à la main, et vit d'un coup d'oeil ce qui s'était passé.

Centurion, qu'il avait cru mort ou évanoui, n'avait pas perdu connaissance, malgré sa blessure.

Or, Pardaillan s'était accroupi à quelques pas du bravo et lui tournait le dos. Alors, celui-ci s'était dit que, s'il pouvait ramper jusqu'à lui, il pourrait, d'un coup de dague donné dans le dos, assouvir sa haine. Et il s'était mis en marche, avec des précautions infinies, étouffant de son mieux les gémissements que chacun de ses mouvements lui arrachait, car sa blessure le faisait cruellement souffrir.