Et il continua son chemin, comme inconscient du coup terrible qu'il venait de porter, se dirigeant vivement vers la charrette.

La petite Juana n'eut pas un cri, pas une plainte, pas une larme. Seulement, de pâle qu'elle était, elle devint livide, et, lorsque Pardaillan passa près d'elle, il courba la tête d'un air honteux, sous le regard de douloureux reproche qu'elle lui décocha.

Et elle se mit à le suivre, du pas raide, saccadé d'un automate.

Près de la charrette, Pardaillan déposa la Giralda dans les bras de la duègne en disant d'un air bourru:

—Occupez-vous de celle-ci.

Et, se baissant, il étendit doucement le blessé sur l'herbe roussie qui bordait la route.

En voyant son compagnon d'enfance, son petit jouet vivant, livide, couvert de sang, ses paupières mi-closes laissant apercevoir le blanc de l'oeil révulsé, la petite Juana sentit un affreux déchirement dans tout son être et s'abattit sur les genoux.

Elle prit doucement dans ses bras la tête si pâle de son ami, et, sans rien voir autour d'elle, non plus que Pardaillan, qui paraissait horriblement gêné par le spectacle de ce désespoir morne, elle se mit à le bercer doucement, dans un geste maternel, tandis qu'elle balbutiait, avec une tendresse infinie:

—Chico!... Chico!... Chico!...

Et, sous cette caresse tendrement berceuse, l'amour qui emplissait le coeur fidèle du petit homme, l'amour puissant, naïf et sincère, montra une fois de plus quel était son pouvoir: le blessé reprit ses sens.