—Je vous entends, traduisit Fausta, vous voulez dire que vous ne vous laisserez pas égorger comme mouton à l'abattoir.

—C'est bien cela, madame.

—Vous oubliez encore que celui qui veut votre mort détient la puissance suprême, vous oubliez que, celui-là, c'est le roi. Pensez-vous qu'il s'arrêtera à des demi-mesures et se contentera de lâcher sur vous quelques misérables coupe-jarrets? Vous souriez encore et je vous comprends. Vous vous dites que vous trouverez quelques hardis compagnons qui n'hésiteront pas à tirer l'épée pour votre défense. Insensé que vous êtes! Sachez donc, puisqu'il faut tout vous dire, que demain une armée sera sur pied à votre intention. Demain des milliers d'hommes d'armes, avec arquebuses et canons, tiendront la ville sous la menace. On espère, on compte qu'un incident surgira qui permettra de charger la canaille. Vous serez frappé le premier et votre mort paraîtra accidentelle, Je vous dis que vous êtes condamné irrémédiablement.

Ces paroles, prononcées avec une violence croissante, firent impression sur le Torero. Néanmoins il ne se rendit pas sur-le-champ.

—Pour quel crime me condamnerait-on? fit-il.

Fausta étendit la main vers le balcon, et désignant le bûcher que les lourds rideaux dérobaient à leur vue:

—Le même crime de ce malheureux que vous avez entendu clamer son innocence.

Si brave que fût le Torero, il sentit la terreur se glisser sournoisement en lui et c'était ce que voulait Fausta.

—Eh bien, soit, fit-il après une légère hésitation, je fuirai. Je quitterai l'Espagne.

Fausta sourit.