¿ Quien menoscaba mis bienes ? Desdenes. ¿ Yquien aumenta mis duelos ? Los zelos. ¿ Y quien prueba mi paciencia ? Ausencia. De ese modo en mi dolencia Ningun remedio se alcanza, Pues me matan la esperanza Desdenes, zelos y ausencia. [171] Malgré mon respect pour le texte de Cervantès, j'ai cru devoir supprimer ici une longue et inutile série d'imprécations, où Cardénio donne à Fernand les noms de Marius, de Sylla, de Catilina, de Julien, de Judas, etc., en les accompagnant de leurs épithètes classiques. Cette érudition de collège aurait fait tache dans un récit habituellement simple et toujours touchant. [172] Parabole du prophète Nathan, pour reprocher à David l'enlèvement de la femme d'Urie. _(Rois, _livre II, chap. XII.) [173] Pellicer croit voir ici une allusion à cette sentence de Virgile :
Una salus victis, nullam sperare salutem. [174] Malgré cet éloge des épisodes introduits dans la première partie du _Don Quichotte, _Cervantès en fait lui- même la critique, par la bouche du bachelier Samson Carrasco, dans la seconde partie, beaucoup plus sobre d'incidents étrangers. [175] Espèce de casquette sans visière, dont se coiffent les paysans de la Manche et des Andalousies. [176] Cervantès voulait probablement désigner le duc d'Osuna, et peut-être y avait-il un fond véritable à l'histoire de Dorothée. [177] Pour Ganelon, voyez la note 17 du chap. I. Vellido est un chevalier castillan qui assassina le roi Sanche II au siége de Zamora, en 1073. [178] Zulema est le nom d'une montagne au sud-ouest d'Alcala de Hénarès, au sommet de laquelle on a trouvé quelques ruines qu'on croit être celles de l'ancien Complutum. Cervantès consacre ici un souvenir à sa ville natale. [179] En Espagne, on appelait _ensalmo une manière miraculeuse de guérir les maladies, en récitant sur le malade certaines prières. Ce charme s'appelait ainsi (ensalmo), _parce que les paroles sacramentelles étaient ordinairement prises dans les psaumes. [180] Allusion à l'un des tours de maquignonnage des Bohémiens, qui, pour donner du train au mulet le plus lourd ou à l'âne le plus paresseux, leur versaient un peu de vif-argent dans les oreilles. [181] Ce roman fut composé par Bernardo de Vargas ; il est intitulé : _Les livres de don Cirongilio de Thrace, fils du noble roi Élesphron de Macédoine, tels que les écrivit Novarcus en grec, et Promusis en latin, _Séville, 1545, in-folio. [182] Voyez la note 37 du chap. VI. [183] Gonzalo Fernandez de Cordova. Son histoire, sans nom d'auteur, fut imprimée à Saragosse en 1559. [184] En 1469. Il mourut à Bologne en 1533. [185] Voici comment la _Chronique du Grand Capitaine _raconte cette aventure : « Diégo Garcia de Parédès prit une épée à deux mains sur l'épaule… et se mit sur le pont du Garellano, que les Français avaient jeté peu auparavant, et, combattant contre eux, il commença à faire de telles preuves de sa personne, que jamais n'en firent de plus grandes en leur temps Hector, Jules César, Alexandre le Grand, ni d'autres anciens valeureux capitaines, paraissant réellement un autre Horatius Coclès, par sa résolution et son intrépidité. » (Chap. CVI.) [186] À la fin de la _Chronique du Grand Capitaine, _se trouve un Abrégé de la vie et des actions de Diégo Garcia de Parédès (Breve suma de la vida y hechos de Diego Garcia de Paredes), écrit par lui-même, et qu'il signa de son nom. [187] Mulierem fortem quis inveniet ? (Prov., cap. XXXI.) [188] Périclès. (Voy. Plutarque, de la Mauvaise Honte.) [189] Luigi Tansilo, de Nola, dans le royaume de Naples, écrivit le poëme des Larmes de saint Pierre (le Lagrime di San Pietro), pour réparer le scandale qu'avait causé son autre poëme licencieux intitulé : le Vendangeur (il Vendemmiatore). Le premier fut traduit en espagnol, d'abord partiellement, par le licencié Gregorio Hernandez de Velasco, célèbre traducteur de Virgile ; puis, complétement, par Fray Damian Alvarez. Toutefois, la version de la stance citée est de Cervantès. [190] Allusion à l'allégorie que rapporte Arioste dans le XLIIe chant de son _Orlando furioso, _où Cervantès a pris l'idée de la présente nouvelle. Arioste avait emprunté lui- même l'histoire du vase d'épreuve au livre premier de Tristan de Léonais. [191] Guzman d'Alfarache réduit tout ce raisonnement à peu de paroles : « Ma femme seule pourra m'ôter l'honneur, suivant l'opinion d'Espagne, en se l'ôtant à elle-même : car, puisqu'elle ne fait qu'une chose avec moi, mon honneur et le sien font un et non deux, comme nous ne faisons qu'une même chair. » (Livre II, chap. II.) [192] Ce billet est littéralement conservé dans la comédie composée par don Guillen de Castro, sur le même sujet et sous le même titre que cette nouvelle. [193] Cervantès a répété ce sonnet dans sa comédie intitulée la Casa de los zelos (la Maison de jalousie), au commencement de la seconde _jornada ; _ou plutôt c'est de cette comédie qu'il l'a pris pour l'introduire dans sa nouvelle. [194] Voici, d'après un vers de Luis Barahona, dans son poëme des Larmes d'Angélique (Lagrimas de Angélica, canto IV), ce que signifient ces quatre SSSS :
Sabio, Solo, Solicito y Secreto,
qu'on peut traduire ainsi :
Spirituel, Seul, Soigneux et Sûr. [195] Je laisse cette faute d'orthographe, qui se trouve aussi dans l'original _(onesto _pour honesto) ; une camériste n'y regarde pas de si près. [196] Cervantès commet un anachronisme. Le _Grand Capitaine, _après avoir quitté l'Italie en 1507, mourut à Grenade en 1515. Lautrec ne parut à la tête de l'armée française qu'en 1527, lorsque le prince d'Orange commandait celle de Charles-Quint. [197] On portait alors, surtout en voyage, des masques (antifaces) faits d'étoffe légère, et le plus souvent de taffetas noir. [198] Lella, ou plutôt Étella, veut dire en arabe, d'après l'Académie espagnole, l'adorable, la divine, la bienheureuse par excellence. Ce nom ne se donne qu'à Marie, mère de Jésus. Zoraïda est un diminutif de _zorath, _fleur. [199] _Macange est un mot turc corrompu (angé mac), _qui veut dire nullement, en aucune façon. [200] Ainsi, au dire de don Quichotte, Cicéron, avec son adage _cedant arma togoe, _ne savait ce qu'il disait. [201] Le mot _letras, _transporté de l'espagnol au français, produit une équivoque inévitable. Dans la pensée de Cervantès, les _lettres divines _sont la théologie, et les _lettres humaines, _la jurisprudence, ce que l'on apprend dans les universités. Le mot _letrado, _qu'il met toujours en opposition du mot _guerrero, _signifie, non point un homme de lettres, dans le sens actuel de cette expression, mais un homme de robe. En un mot, c'est la magistrature et ses dépendances qu'il oppose à l'armée. [202] Don Quichotte, qui emprunte des textes à saint Luc, à saint Jean, à saint Matthieu, oublie ces paroles de l'Ecclésiaste (chap. IX) Et dicebam ego meliorem esse sapientiam fortitudine… Melior est sapientia quam arma bellica. [203] _Estudiante. _C'est le nom qu'on donne indistinctement aux élèves des universités qui se destinent à l'Église, à la magistrature, au barreau, et à toutes les professions lettrées. [204] _Aller à la soupe (andar a la sopa), _se dit des mendiants qui allaient recevoir à heure fixe, aux portes des couvents dotés, du bouillon et des bribes de pain. La condition des étudiants a peu changé en Espagne depuis Cervantès. On en voit un grand nombre, encore aujourd'hui, faire mieux que d'_aller à la soupe : _à la faveur du chapeau à cornes et du long manteau noir, ils mendient dans les maisons, dans les cafés et dans les rues. [205] Don Quichotte n'est pas le premier qui ait traité cette matière. L'Italien Francesco Bocchi avait publié à Florence, en 1580, un discours _Sopra la lire delle armi e delle lettere ; _et, précédemment, en 1549, l'Espagnol Juan Angel Gonzalez avait publié à Valence un livre latin sous ce titre : Pro equite contra litteras declamatio. Alia vice versa pro litteris contra equitem. [206] On sait ce que veut dire avoir la manche large. [207] Cervantès répète ici les imprécations de l'Arioste, dans le onzième chant de l'Orlando furioso :
Come trovasti, o scelerata e brutta Invenzion, mai loco in uman core ! Per te la militar gloria è distrutta ; Per te il mestier dell' armi è senza honore ; Per te è il valore e la virtù ridutta, Che spesso par dei buono il rio migliore… Che ben fu il più crudele, e il più di quanti Mai furo al mondo ingegni empi e maligni Chi immagino si abbominosi ordigni. E crederò che Dio, perche vendetta Ne sia in eterno, nel profondo chiuda Del cieco abisso quella maladetta Anima appresso al maladetto Giuda… [208] Lope de Vega cite ainsi ce vieil adage, dans une de ses comédies _(Dorotea, _jorn. I, escena CLI) : Trois choses font prospérer l'homme : science, mer et maison du roi. [209] Ce Diégo de Urbina était capitaine de la compagnie où Cervantès combattit à la bataille de Lépante. [210] Cervantès parle de cette bataille en témoin oculaire, et l'on conçoit qu'il prenne plaisir à rapporter quelques détails de ses campagnes. [211] Il s'appelait Aluch-Ali, dont les chrétiens ont fait par corruption Uchali. « Aluch, dit le P. Haedo, signifie, en turc, _nouveau musulman, nouveau converti ou renégat ; ainsi ce n'est pas un nom, mais un surnom. Le nom est Ali, et les deux ensemble veulent dire le renégat Ali. » (Epitome de los reyes de Argel.) [212] Uchali, dit Arroyo, attaqua cette capitane avec sept galères, et les nôtres ne purent la secourir, parce qu'elle s'était trop avancée au delà de la ligne de combat. Des trois chevaliers blessés, l'un était F. Piétro Giustiniano, prieur de Messine et général de Malte ; un autre, Espagnol, et un autre, Sicilien. On les trouva encore vivants, enterrés parmi la foule des morts. (Relación de la santa Liga, _fol. 67, etc.) [213] Capitan-Pacha. [214] Cervantès fit également cette campagne et celle de l'année 1573. [215] On appelait ainsi les marins de l'Archipel grec. [216] « Don Juan d'Autriche, dit Arroyo, marcha toute la nuit du 16 septembre 1572, pour tomber au point du jour sur le port de Navarin, où se trouvait toute la flotte turque, ainsi que l'en avaient informé les capitaines Luis de Acosta et Pero Pardo de Villamarin. Mais le chef de la chiourme, ajoute Aguilera, et les pilotes se trompèrent dans le calcul de l'horloge de sable, et donnèrent au matin contre une île appelée Prodano, à trois lieues environ de Navarin. De sorte qu'Uchali eut le temps de faire sortir sa flotte du port, et de la mettre sous le canon de la forteresse de Modon. » [217] Au retour de leur captivité, Cervantès et son frère Rodrigo servirent sous les ordres du marquis de Santa-Cruz, à la prise de l'île de Terceira sur les Portugais. [218] Marco-Antonio Arroyo dit que ce capitan, appelé Hamet-Bey, petit-fils et non fils de Barberousse, « fut tué par un de ses esclaves chrétiens, et que les autres le mirent en pièces à coups de dents. » Geronimo Torrès de Aguilera, qui se trouva, comme Cervantès et comme Arroyo, à la bataille de Lépante, dit que « la galère d'Hamet-Bey fut conduite à Naples, et qu'en mémoire de cet événement, on la nomma _la Prise. » (Cronica de varios sucesos.) Le P. Haedo ajoute que ce More impitoyable fouettait les chrétiens de sa chiourme avec un bras qu'il avait coupé à l'un d'eux. (Historia de Argel, fol. 123.) [219] Muley-Hamida et Muley-Hamet étaient fils de Muley-Hassan, roi de Tunis. Hamida dépouilla son père du trône, et le fit aveugler en lui brûlant les yeux avec un bassin de cuivre ardent. Hamet, fuyant la cruauté de son frère, se réfugia à Palerme, en Sicile. Uchali et les Turcs chassèrent de Tunis Hamida, qui se fortifia dans la Goulette. Don Juan d'Autriche, à son tour, chassa les Turcs de Tunis, rappela Hamet de Palerme, le fit gouverneur de ce royaume, et remit le cruel Hamida entre les mains de don Carlos de Aragon, duc de Sesa, vice-roi de Sicile. Hamida fut conduit à Naples, où l'un de ses fils se convertit au christianisme. Il eut pour parrain don Juan d'Autriche lui-même, et pour marraine doña Violante de Moscoso, qui lui donnèrent le nom de don Carlos d'Autriche. Hamida en mourut de chagrin. (Torrès de Aguilera, _p. 105 y sig. _Bibliot. real, _cod. 45, f. 531 y 558.) [220] Don Juan d'Autriche fit élever ce fort, capable de contenir huit mille soldats, hors des murs de la ville, et près de l'île de l'Estagno, dont il dominait le canal. Il en donna le commandement à Gabrio Cervellon, célèbre ingénieur, qui l'avait construit. Ce fort fut élevé contre les ordres formels de Philippe II, qui avait ordonné la démolition de Tunis. Mais don Juan d'Autriche, abusé par les flatteries de ses secrétaires, Juan de Soto et Juan de Escovedo, eut l'idée de se faire couronner roi de Tunis, et s'obstina à conserver cette ville. Ce fut sans doute une des causes de la mort d'Escovedo, qu'Antonio Perez, le ministre de Philippe II, fit périr _par ordre supérieur, comme il le confessa depuis dans la torture, et sans doute aussi de la disgrâce d'Antonio Perez, que ses ennemis accablèrent à la fin. (Torrès de Aguilera, _f. 107 ; _don Lorenzo Van-der-Hemmen, _dans son livre intitulé _Don Felipe el Prudente, f. 98 et 152.) [221] Cette petite île de l'Estagno formait, d'après Ferreras, l'ancien port de Carthage. L'ingénieur Cervellon y trouva une tour antique, dont il fit une forteresse, en y ajoutant des courtines et des boulevards. (Aguilera, _f. 122.) [222] Gabrio Cervellon fut général de l'artillerie et de la flotte de Philippe II, grand prince de Hongrie, etc. Lorsqu'il fut pris à la Goulette, Sinan-Pacha le traita ignominieusement, lui donna un soufflet, et, malgré ses cheveux blancs, le fit marcher à pied devant son cheval jusqu'au rivage de la mer. Cervellon recouvra la liberté dans l'échange qui eut lieu entre les prisonniers chrétiens de la Goulette et de Tunis et les prisonniers musulmans de Lépante. Il mourut à Milan, en 1580. [223] C'est le nom qu'on donnait alors aux Albanais. [224] Le petit moine. - Le véritable nom de cet ingénieur, qui servit Charles-Quint et Philippe II, était Giacomo Paleazzo. Outre les constructions militaires dont parle ici Cervantès, il répara, en 1573, les murailles de Gibraltar, et éleva des ouvrages de défense au pont de Zuaro, en avant de Cadix. Ce fut son frère, Giorgio Paleazzo, qui traça le plan des fortifications de Mayorque, en 1583, et dirigea les travaux de la citadelle de Pampelune, en 1592. [225] Le P. Haedo donne la même étymologie à son nom. [226] Dans sa Topografia de Argel (chap. XXI), le P. Haedo lui donne le titre de Capitan des corsaires. « C'est, dit-il, une charge que confère le Grand Turc. Il y a un capitan des corsaires à Alger, un autre à Tripoli, et un troisième à Tunis. » Cet Uchali Fartax était natif de Licastelli, en Calabre. Devenu musulman, il se trouva, en 1560, à la déroute de Gelvès, où plus de 10 000 Espagnols restèrent prisonniers. Plus tard, étant roi ou dey d'Alger, il porta secours aux Morisques de Grenade, révoltés contre Philippe II. Nommé général de la flotte turque, en 1571, après la bataille de Lépante, il se trouva l'année suivante à Navarin, et mourut empoisonné en 1580. [227] Les Espagnols le nomment Azanaga. [228] Bagne _(balio) _signifie, d'après la racine arabe dont les Espagnols ont fait albañil (maçon), un édifice en plâtre. - La vie que menaient les captifs dans ces bagnes n'était pas aussi pénible qu'on le croit communément. Ils avaient des oratoires où leurs prêtres disaient la messe ; on y célébrait les offices divins avec pompe et en musique ; on y baptisait les enfants, et tous les sacrements y étaient administrés ; on y prêchait, on y faisait des processions, on y instituait des confréries, on y représentait des _autos sacramentales, _la nuit de Noël et les jours de la Passion ; enfin, comme le remarque Clémencin, les prisonniers musulmans n'avaient certes pas autant de liberté en Espagne, ni dans le reste de la chrétienté. (Gomez de Losada, _Escuela de trabajos y cautiverio de Argel, _lib. II, cap. XLVI y sig.) [229] Ce maître du captif était Vénitien, et s'appelait Andreta. Il fut pris étant clerc du greffier d'un navire de Raguse. S'étant fait Turc, il prit le nom d'Hassan-Aga, devint élamir, ou trésorier d'Uchali, lui succéda dans le gouvernement d'Alger, puis dans l'emploi de général de la mer, et mourut, comme lui, empoisonné par un rival qui le remplaça. (Haedo, _Historia de Argel, _fol. 89.) [230] Ce _tel de Saavedra est Cervantès lui-même. Voici comment le P. Haedo s'exprime sur son compte : « Des choses qui se passèrent dans ce souterrain pendant l'espace de sept mois que ces chrétiens y demeurèrent, ainsi que de la captivité et des exploits de Miguel de Cervantès, on pourrait écrire une histoire particulière. » (Topografia, _fol. 184.) Quant au captif qui raconte ici sa propre histoire, c'est le capitaine Ruy Perez de Viedma, esclave, comme Cervantès, d'Hassan-Aga, et l'un de ses compagnons de captivité. [231] Zalemas. [232] Le P. Haedo, dans sa _Topografia _et dans son _Epitome de los reyes de Argel, _cite souvent cet Agi-Morato, renégat slave, comme un des plus riches habitants d'Alger. [233] Il se nommait Morato Raez Maltrapillo. Ce fut ce renégat, ami de Cervantès, qui le sauva du châtiment et peut- être de la mort, quand il tenta de s'enfuir, en 1579. Haedo cite à plusieurs reprises ce Maltrapillo. [234] Cette esclave s'appelait Juana de Renteria. Cervantès parle d'elle dans sa comédie _los Baños de Argel, _dont le sujet est aussi l'histoire de Zoraïde. Le captif don Lope demande au renégat Hassem : « Y a-t-il par hasard, dans cette maison, quelque renégate ou esclave chrétienne ? » Hassem. « Il y en avait une, les années passées, qui s'appelait Juana, et dont le nom de famille était, à ce que je crois bien, de Renteria. » Lope. « Qu'est-elle devenue ? » Hassem. « Elle est morte. C'est elle qui a élevé cette Moresque dont je vous parlais. C'était une rare matrone, archive de foi chrétienne, etc. » (Jornada I.) [235] Prière, oraison. [236] Cervantès dit, dans sa comédie de los Baños de Argel (jornada III), que cette fille unique d'Agi-Morato épousa Muley-Maluch, qui fut fait roi de Fez en 1576. C'est ce que confirment le P. Haedo, dans son _Epitome, _et Antonio de Herrera, dans son Historia de Portugal. [237] _Bab-Azoun _veut dire _porte des troupeaux de brebis. _Le P. Haedo, dans sa _Topografia, _dit au chapitre VI : « En descendant quatre cents pas plus bas, est une autre porte principale, appelée Bab-Azoun, qui regarde entre le midi et le levant. C'est par là que sortent tous les gens qui vont aux champs, aux villages et aux _douars (aduares) _des Mores. » Alger, comme on voit, n'avait point changé depuis la captivité de Cervantès. [238] Ce projet de Zoraïde est précisément celui qu'imagina Cervantès, quand son frère Rodrigo se racheta pour lui envoyer ensuite une barque sur laquelle il s'enfuirait avec les autres chrétiens : ce qu'il tenta vainement de faire en 1577. [239] Ceci est une allusion à l'aventure de la barque qui vint chercher, en 1577, Cervantès et les autres gentilshommes chrétiens qui étaient restés cachés dans un souterrain pour s'enfuir en Espagne. [240] Cet arrangement de l'achat d'une barque fut précisément celui que fit Cervantès, en 1579, non pas avec Maltrapillo, mais avec un autre renégat nommé le licencié Giron. [241] _Tagarin _veut dire _de la frontière. _On donnait ce nom aux Mores venus de l'Aragon et de Valence. On appelait, au contraire, _Mudejares, _qui signifie _de l'intérieur, _les Mores venus de l'Andalousie. (Haedo, _Topografia, _etc. Luis del Marmol, _Descripcion de Africa, _etc.) [242] Ce marchand s'appelait Onofre Exarque. Ce fut lui qui procura l'argent pour acheter la barque où Cervantès devait s'enfuir avec les autres chrétiens, en 1579. [243] Sargel, ou Cherchel, est situé sur les ruines d'une cité romaine qui s'appelait, à ce qu'on suppose, Julia Caesarea. C'était, au commencement du seizième siècle, une petite ville d'environ trois cents feux, qui fut presque dépeuplée lorsque Barberousse se rendit maître d'Alger. Les Morisques, chassés d'Espagne en 1610, s'y réfugièrent en grand nombre, attirés par la fertilité des champs, et y établirent un commerce assez considérable, non-seulement de figues sèches, mais de faïence, d'acier et de bois de construction. Le port de Sargel, qui pouvait contenir alors vingt galères abritées, fut comblé par le sable et les débris d'édifices, dans le tremblement de terre de 1738. [244] Voyez la note 239 du chap. XL. [245] C'est la langue franque. Le P. Haedo s'exprime ainsi dans la Topografia (chap. XXIX) : « La troisième langue qu'on parle à Alger est celle que les Mores et les Turcs appellent _franque. _C'est un mélange de diverses langues chrétiennes, et d'expressions qui sont, pour la plupart, italiennes ou espagnoles, et quelquefois portugaises, depuis peu. Comme à cette confusion de toutes sortes d'idiomes se joint la mauvaise prononciation des Mores et des Turcs, qui ne connaissent ni les modes, ni les temps, ni les cas, la langue franque d'Alger n'est plus qu'un jargon semblable au parler d'un nègre novice nouvellement amené en Espagne. » [246] C'est-à-dire de l'Albanais Mami. Il était capitan de la flotte où servait le corsaire qui fit Cervantès prisonnier, et « si cruelle bête, dit Haedo, que sa maison et ses vaisseaux étaient remplis de nez et d'oreilles qu'il coupait, pour le moindre motif, aux pauvres chrétiens captifs. » Cervantès fait encore mention de lui dans la _Galatée _et d'autres ouvrages. [247] Le _zoltani _valant 40 aspres d'argent, ou presque 2 piastres fortes d'Espagne, c'était environ 15 000 francs. [248] Bagarins, de _bahar, _mer, signifie matelots. « Les Mores des montagnes, dit Haedo, qui vivent dans Alger, gagnent leur vie, les uns en servant les Turcs ou de riches Mores ; les autres, en travaillant aux jardins ou aux vignes, et quelques-uns en ramant sur les galères et les galiotes ; ceux-ci, qui louent leurs services, sont appelés _bagarinès. » (Topografia, _cap. II.) [249] Commandant d'un bâtiment algérien. [250] Nazaréens. [251] _Kava _est le nom que donnent les Arabes à Florinde, fille du comte Julien. Voici ce que dit, sur ce promontoire, Luis del Marmol, dans sa Description general de Africa (lib. IV, cap. XLIII), après avoir parlé des ruines de Césarée : « Là sont encore debout les débris des deux temples antiques…, dans l'un desquels est un dôme très-élevé, que les Mores appellent _Cobor rhoumi, _ce qui veut dire _sépulcre romain ; _mais les chrétiens, peu versés dans l'arabe, l'appellent _Cava rhouma, _et disent fabuleusement que là est enterrée la Cava, fille du comte Julien… À l'est de cette ville, est une grande montagne boisée, que les chrétiens appellent _de la mauvaise femme, _d'où l'on tire, pour Alger, tout le bois de construction des navires. » Cette montagne est probablement le cap Cajinès. [252] On sait que les musulmans sont iconoclastes, et qu'ils proscrivent, comme une idolâtrie, toute espèce de représentation d'êtres animés. [253] L'aventure du captif est répétée dans la comédie _los Baños de Argel, _et Lope de Vega l'a introduite également dans celle intitulée _los Cautivos de Argel. _Cervantès la donne comme une histoire véritable, et termine ainsi la première de ces pièces : « Ce conte d'amour et de doux souvenir se conserve toujours à Alger, et l'on y montrerait encore aujourd'hui la fenêtre et le jardin… » [254] La charge d'auditeur aux chancelleries et audiences, en Espagne, répondait à celle de conseiller au parlement parmi nous. [255] _Rui, _abrévation, pour Rodrigo. [256] Pilote d'Énée.
Surgit Palinurus, et omnes Explorat ventos…, Sidera cuncta notat tacito labentia coelo. _(_A_En., _lib. III.) [257] _Clara _y luciente estrella ; jeu de mots sur le nom de Clara. [258] Il n'y avait point encore de vitres en verre à Madrid, même dans la maison d'un auditeur. [259] Tergeminamque Hecaten, tria virginis ora Dianae. (VIRGILE.) [260] Le Pénée était précisément un fleuve de Thessalie ; il arrosait la vallée de Tempé. [261] Comme le bon sens de Roland, qu'Astolphe rapporta de la lune. [262] _La garrucha. _On suspendait le patient, en le chargeant de fers et de poids considérables, jusqu'à ce qu'il eût avoué son crime. [263] Allá van leyes do quieren reyes. « Ainsi vont les lois, comme le veulent les rois. « Cet ancien proverbe espagnol prit naissance, au dire de l'archevêque Rodrigo Ximenès de Rada (lib. VI, cap. XXV), lors de la querelle entre le rituel gothique et le rituel romain, qui fut vidée, sous Alphonse VI, par les diverses épreuves du _jugement de Dieu, _même par le combat en champ clos. [264] _Orlando furioso, canto XXVII. [265] Les règlements de la Sainte-Hermandad, rendus à Torrelaguna, en 1485, accordaient à ses archers (cuadrilleros) _une récompense de trois mille maravédis quand ils arrêtaient un malfaiteur dont le crime emportait peine de mort ; deux mille, quand celui-ci devait être condamné à des peines afflictives, et mille, quand il ne pouvait encourir que des peines pécuniaires. [266] L'aventure des archers s'est passée dans le chapitre précédent, et le chapitre suivant porte le titre qui conviendrait à celui-ci : _De l'étrange manière dont fut enchanté don Quichotte, _etc. Cette coupe des chapitres, très-souvent inexacte et fautive, et ces interversions de titres que l'Académie espagnole a corrigées quelquefois, proviennent sans doute de ce que la première édition de la première partie du _Don Quichotte _se fit en l'absence de l'auteur, et sur des manuscrits en désordre. [267] La comédie que composa don Guillen de Castro, l'auteur original du _Cid, _sur les aventures de don Quichotte, et qui parut entre la première et la seconde partie du roman de Cervantès, se termine par cet enchantement et cette prophétie.
Dans sa comédie, Guillen de Castro introduisait les principaux épisodes du roman, mais avec une légère altération. Don Fernand était fils aîné du duc, et Cardénio un simple paysan ; puis, à la fin, on découvrait qu'ils avaient été changés en nourrice, ce qui rendait le dénoûment plus vraisemblable, car don Fernand, devenu paysan, épousait la paysanne Dorothée, et la grande dame Luscinde épousait Cardénio, devenu grand seigneur. [268] Voir la note 264 mise au titre du chapitre précédent. [269] Elle est, en effet, de Cervantès, et parut, pour la première fois, dans le recueil de ses _Nouvelles exemplaires, _en 1613. On la trouvera parmi les _Nouvelles de Cervantès _dont j'ai publié la traduction. [270] Gaspar Cardillo de Villalpando, qui se distingua au concile de Trente, est l'auteur d'un livre de scolastique, fort estimé dans son temps, qui a pour titre : _Sumas de las súmulas. _Alcala, 1557. [271] Pline, Apulée, toute l'antiquité, ont placé les gymnosophistes dans l'Inde. Mais don Quichotte pouvait se permettre quelque étourderie. [272] On sait que ce fameux voyageur vénitien, de retour en Italie, et prisonnier des Génois en 1298, fit écrire la relation de ses voyages par Eustache de Pise, son compagnon de captivité. Cette relation fut traduite en espagnol par le _maestre _Rodrigo de Santaella. _Séville, _1518. [273] Comme Le Tasse, dans la description des enchantements d'Ismène et d'Armide. [274] Cervantès donnait son opinion sur ce dernier point bien avant la querelle que fit naître Télémaque. [275] Ces trois pièces sont de Lupercio Leonardo de Argensola, qui a mieux réussi, comme son frère Bartolomé, dans la poésie lyrique que sur le théâtre. L'_Isabella _et l'_Alexandra _ont été publiées dans le sixième volume du _Parnaso español _de don Juan Lopez Sedano. La _Filis _est perdue. [276] _L'Ingratitude vengée (la Ingratitud vengada) _est de Lope de Vega ; la _Numancia, _de Cervantès lui-même ; _le Marchand amoureux (el Mercador amante), _de Gaspard de Aguilar, et _l'Ennemie favorable (la Enemiga favorable), _du chanoine Francisco Tarraga. [277] Enfant au premier acte et barbon au dernier, (BOILEAU.)
comme cela se voit dans plusieurs pièces de Lope de Vega, _Urson _y _Valentin, los Porceles de Murcia, el primer Rey de Castilla, _etc. [278] Peu s'en faut qu'il n'en soit ainsi dans plusieurs comédies du même Lope de Vega, _el nuevo mundo descubierto por Cristo val Colon, el rey Bamba, las Cuentas del grand Capitan, la Doncella Teodor, _etc. [279] Lope de Vega fit mieux encore dans la comédie _la Limpieza no manchada (la Pureté sans tache). _On y voit le roi David, le saint homme Job, le prophète Jérémie, saint Jean-Baptiste, sainte Brigitte, et l'université de Salamanque. [280] Ou _Autos sacramentales. _Lope de Vega en a fait environ quatre cents : _San Francisco, san Nicolas, san Agustin, san Roque, san Antonio, _etc. [281] Je ne sais trop sur quoi Cervantès fonde son éloge des théâtres étrangers. À son époque, les Italiens n'avaient guère que _la Mandragore _et les pièces du Trissin ; la scène française était encore dans les langes, Corneille n'avait point paru ; la scène allemande était à naître, et Shakespeare, le seul grand auteur dramatique de l'époque, ne se piquait assurément guère de cette régularité classique qui permettait aux étrangers d'appeler barbares les admirateurs de Lope de Vega. [282] Cet heureux et fécond génie est Lope de Vega, contre lequel Cervantès a principalement dirigé sa critique du théâtre espagnol. À l'époque où parut la première partie du _Don Quichotte, _Lope de Vega n'avait pas encore composé le quart des dix-huit cents comédies _de capa y espada _qu'a écrites sa plume infatigable.
Il faut observer aussi qu'à la même époque le théâtre espagnol ne comptait encore qu'un seul grand écrivain. C'est depuis qu'ont paru Calderon, Moreto, Alarcon, Tirso de Molina, Rojas, Solis, etc., lesquels ont laissé bien loin derrière eux les contemporains de Cervantès. [283] Premier comte de Castille, dans le dixième siècle. [284] Le Cid n'était pas de Valence, mais des environs de Burgos, en Castille. Cervantès le nomme ainsi parce qu'il prit Valence sur les Almoravides, en 1094. [285] Guerrier qui se distingua à la prise de Séville par saint Ferdinand, en 1248. [286] Ce n'est point du poëte que Cervantès veut parler, quoiqu'il fût également de Tolède, et qu'il eût passé sa vie dans les camps : c'est d'un autre Garcilaso de la Vega, qui se rendit célèbre au siége de Grenade par les rois catholiques, en 1491. On appela celui-ci Garcilaso de _l'Ave Maria, _parce qu'il tua en combat singulier un chevalier more qui portait, par moquerie, le nom d'_Ave Maria _sur la queue de son cheval. [287] Autre célèbre guerrier de la même époque. [288] L'histoire de Floripe et de sa tour flottante, où l'on donna asile à Guy de Bourgogne et aux autres pairs, est rapportée dans les Chroniques des douze pairs de France. [289] Le pont de Mantible, sur la rivière Flagor (sans doute le Tage), était formé de trente arches de marbre blanc, et défendu par deux tours carrées. Le géant Galafre, aidé de cent Turcs, exigeait des chrétiens, pour droit de passage, et sous peine de laisser leurs têtes aux créneaux du pont, _trente couples de chiens de chasse, cent jeunes vierges, cent faucons dressés, et cent chevaux enharnachés ayant à chaque pied un marc d'or fin. Fiérabras vainquit le géant. (Histoire de Charlemagne, _chap. XXX et suiv.) [290] Comme les Juifs le Messie, ou les Portugais le roi don Sébastien. [291] L'histoire de ce cavalier fut écrite d'abord en italien, dans le cours du treizième siècle, par le _maestro _Andréa, de Florence ; elle fut traduite en espagnol par Alonzo Fernandez Aleman, Séville, 1548. [292] Le Saint-Grial, ou Saint-Graal, est le plat où Joseph d'Arimathie reçut le sang de Jésus-Christ, quand il le descendit de la croix pour lui donner la sépulture. La conquête du Saint-Grial par le roi Artus et les chevaliers de la Table- Ronde est le sujet d'un livre de chevalerie, écrit en latin, dans le douzième siècle, et traduit depuis en espagnol, Séville, 1500. [293] Les histoires si connues de Tristan de Léonais et de Lancelot du Lac furent également écrites en latin, avant d'être traduites en français par ordre du Normand Henri II, roi d'Angleterre, vers la fin du douzième siècle. Ce fut peu de temps après que le poëte Chrétien de Troyes fit une imitation en vers de ces deux romans. [294] Écrite à la fin du douzième siècle par le troubadour provençal Bernard Treviez, et traduite en espagnol par Félipe Camus, Tolède, 1526. [295] Cette trompe fameuse s'entendait, au rapport de Dante et de Boyardo, à deux lieues de distance. [296] Pierre de Beaufremont, seigneur de Chabot- Charny. [297] Ou plutôt Ravestein. [298] Juan de Merlo, Pedro Barba, Gutierre Quixada, Fernando de Quevara, et plusieurs autres chevaliers de la cour du roi de Castille Jean II, quittèrent en effet l'Espagne, en 1434, 35 et 36, pour aller dans les cours étrangères _rompre des lances en l'honneur des dames. _On peut consulter sur ces pèlerinages chevaleresques la _Cronica del rey don Juan el IIe, cap. CCLV à CCLXVII. [299] Suero de Quiñones, chevalier léonais, fils du grand bailli (merinomayor) _des Asturies, célébra, en 1434, sur le pont de l'Orbigo, à trois lieues d'Astorga, des joutes fameuses qui durèrent trente jours. Accompagné de neuf autres _mantenedores, _ou champions, il soutint la lice contre soixante-huit _conquistadores, _ou aventuriers, venus pour leur disputer le prix du tournoi. La relation de ces joutes forme la matière d'un livre de chevalerie, écrit par Fray Juan de Pineda, sous le titre de _Paso honroso, _et publié à Salamanque en 1588. [300] _Cronica del rey don Juan el IIe, _cap. CM. [301] La _Historia Caroli Magni, _attribuée à l'archevêque Turpin, et dont on ignore le véritable auteur, fut traduite en espagnol et considérablement augmentée par Nicolas de Piamonte, qui fit imprimer la sienne à Séville, en 1528. [302] Malgré l'affirmation du chanoine, rien n'est moins sûr que l'existence de Bernard del Carpio ; elle est niée, entre autres, par l'exact historien Juan de Ferreras. [303] L'altercation a commencé dans le chapitre précédent, de même que l'entretien entre don Quichotte et Sancho, qui lui sert de titre, avait commencé dans le chapitre antérieur. Faut-il attribuer ces transpositions à la négligence du premier éditeur, ou bien à un caprice bizarre de Cervantès ? À voir la même faute tant de fois répétée, je serais volontiers de ce dernier avis. [304] Virgile avait dit des Champs-Élysées :