Toute joyeuse de s'employer pour Fleurette, Edith courut à la cuisine. Il fallut expliquer à la cuisinière pourquoi on lui demandait du bouillon. Lorsqu'elle eut entendu l'histoire un peu confuse que lui fit la petite fille, elle fut tout empressement pour la servir de son mieux.
— Maintenant, dit madame Grandville, nous allons encore mettre dans le panier quelque chose pour les deux gardes-malades: du café et du sucre. Puisqu'elles veillent c'est sans doute ce qui leur conviendra le mieux. Je vais y joindre une couverture chaude et légère pour la malade, et nous leur enverrons cela tout de suite. Félicie le portera sans doute volontiers, ce n'est pas bien loin…
— Ne pourrais-je pas aller avec elle?
— Non, mon enfant, tu iras voir la petite fille lorsqu'elle sera en convalescence, mais avant c'est inutile de me le demander.
Ce soir-là, M. Grandville devait rester à la maison après le dîner. Edith était bien joyeuse car son père avait tant d'occupations que c'était une fête chaque fois qu'il annonçait une soirée de famille. Et ce jour-là cette perspective était d'autant plus délicieuse qu'elle avait étudié pour lui un morceau de piano, et qu'elle avait à lui raconter tant de choses qu'il lui eût semblé impossible d'attendre un jour de plus.
Après le dîner M. Grandville s'assit dans son grand fauteuil, celui que sa petite fille appelait "le fauteuil de joie" parce qu'il s'y installait lorsqu'il avait une bonne heure à donner à la vie de famille.
— Papa, demanda Edith, as-tu beaucoup de temps ce soir?
— Pourquoi me demandes-tu cela puisque je t'ai dit que je ne sors pas?
— Oui, mais tu ne vas pas tout de suite prendre ton journal, ou bien ton gros livre. Je demande si tu as beaucoup de temps pour moi.
— Je te donne tout mon temps jusqu'à ce que tu ailles te coucher. Pour aujourd'hui le journal te cède la place… Es-tu contente?