Sylvanie alla poser Petite mère dans le fauteuil de la vieille dame et la petite fille, tout interdite d'une telle audace, regarda celle-ci d'un air craintif, s'attendant à une protestation indignée. Au lieu de cela la grand'mère vint elle-même lui mettre un oreiller sous la tête et la couvrir d'un petit châle. "Car, dit-elle, il fait plus froid dedans que dehors."

Le lit fut bien vite fait, on y porta la malade, quoiqu'elle assurât qu'elle était tout à fait capable de marcher jusque-là. Lorsqu'elle fut bien établie, la porte grande ouverte lui permettant de voir tout ce qui se passait dans la cuisine, elle se sentit si heureuse qu'elle ne put s'empêcher de pleurer.

— Tu es triste, lui dit Sylvanie qui venait à chaque instant voir comment elle se trouvait.

— Oh! non…

— Alors pourquoi pleures-tu?

— Je ne sais pas. Je suis contente et je voudrais pouvoir dire merci. Tout le monde est si bon!…

Sylvanie l'embrassa, puis elle disparut et revint un moment après avec un bol de lait. Petite mère le but avec plaisir; depuis bien longtemps rien ne lui avait semblé si bon.

Lorsque Sylvanie eut fini de tout ranger dans la maison, elle prit Charlot par la main et ils revinrent bientôt amenant avec eux une visite pour Petite mère. C'était Brunette qui eut un peu de peine à se laisser persuader d'entrer dans la petite chambre, craignant peut-être que ce ne fût une prison, mais elle finit par céder et la malade eut le plaisir de lui donner un peu de pain. Elle ne s'ennuya pas un moment pendant cette première journée; Sylvanie allait, venait, faisant le ménage, chantant, riant, parlant d'une voix éclatante pour se faire entendre de sa grand'mère, et à toute minute adressant à Petite mère un mot ou un sourire en passant. C'était certainement plus gai que la société de madame Charles, bonne et dévouée, mais toujours un peu taciturne et un peu sévère, à moins que son chat ne fût en cause; alors elle savait s'animer. Sylvanie répandait la vie et la joie tout autour d'elle; il semblait que personne ne pût être malheureux dans son voisinage. Charlot aussi, sous cette douce influence, était content, de bonne humeur et prêt à rendre service. Il courait çà et là pour chercher tout ce que la ménagère lui demandait, et elle multipliait les commissions pour l'occuper. Il alla de lui-même cueillir des fleurs pour Petite mère qui les aimait tant.

— Demain, dit Sylvanie, s'il fait beau comme aujourd'hui tu pourras t'asseoir sous un arbre, mais pour le moment tu es mieux dans ton lit; le voyage est assez pour un jour.

Oui, elle était très bien dans son lit, elle ne désirait rien de plus. Lorsqu'elle eut encore bu du lait dont elle ne pouvait se lasser, elle s'endormit en regardant une branche de roses qui entrait par la fenêtre à travers un grillage et venait se balancer tout près d'elle. Sylvanie poussa la porte pour que le bruit ne la réveillât pas et dit à Charlot d'aller jouer dehors.