Il y a maintenant à Paris deux Academies Royales, établies pour perfectionner les sciences. La plus ancienne est l’Academie Françoise dont le Cardinal de Richelieu a jetté les premiers fondemens et dont le Roy est protecteur.

Elle est composée de quarante Academiciens, tous gens illustres par leur qualité, par leur mérite, et par leur condition. Ils sont uniquement appliquez à reduire la langue Françoise dans toute la pureté qu’on peut desirer. Ils tiennent leurs assemblées trois fois la semaine[2] au vieux Louvre[3], où ils distribuent tous les ans à la saint Louis des prix considérables, à ceux qui ont le mieux travaillé sur une pièce proposée, et sur un sujet à la gloire du Roy[4].

[2] On ne s’étoit d’abord réuni qu’une fois par semaine, puis deux fois. Enfin, l’on alla jusqu’à trois fois en 1675, pour presser le travail du Dictionnaire, et, dès lors, ce fut la règle : « Depuis ce temps là, dit l’abbé d’Olivet, dans une note sur l’Histoire de l’Académie, par Pelisson, c’est l’usage que les trois jours ordinaires d’assemblée soient le lundi, le jeudi, et le samedi. »

[3] « A la prière de Colbert, qui en étoit membre depuis cinq ans, le Roi accorda à l’Académie françoise au rez de chaussée du Louvre, près du pavillon des Cariatides… les Salles, qui, après la Fronde, avoient été celles du Conseil, et qui sont aujourd’hui dans le Musée de Sculpture les salles de Puget et de Coustou. » (Hist. du Louvre, p. 66, dans Paris à travers les âges[5].)

[4] Ces deux prix étoient : celui d’éloquence, fondé par Balzac, qui ne fut distribué qu’à partir de 1671 ; et celui de poésie, dont Pelisson et trois autres académiciens firent les frais, et qu’ensuite l’Académie en corps prit à son compte, jusqu’à ce qu’un de ses membres, l’évêque de Noyon, M. de Clermont-Tonnerre, l’eût constitué à perpétuité.

[5] « La salle, lisons-nous dans l’ouvrage que cite notre avant-dernière note, la salle qui étoit à la suite de celle des séances servoit pour le travail du Dictionnaire, dont le roi payoit toutes les écritures ; et pour l’examen des pièces envoyées au concours des prix d’éloquence et de poésie que l’Académie distribuoit tous les ans à la Saint-Louis sous la forme de deux médailles d’or, de trois cents francs chacune. Ce jour là, comme la chapelle, d’ailleurs fort délaissée, que Le Mercier n’avoit pu achever au premier étage du pavillon des Cariatides de Sarrazin, étoit à la disposition de l’Académie françoise, dont les salles se trouvoient presque au-dessous, les Quarante y faisoient dire une messe en musique et prononcer le panégyrique du saint Roi. »

La deuxième, est l’Academie des Sciences qui s’applique à faire des découvertes dans l’Anatomie, dans la Botanique, dans la Chimie, dans l’Astronomie, dans la méchanique, et generalement dans toutes les parties de la Philosophie et des Mathématiques.

Les Academiciens qui la composent s’assemblent tous les Mercredis et Samedis à la Biblioteque du Roi qui est presentement rue Vivienne[6], et qui sera bien-tot à la place de Vendôme[7].

[6] « Où se doivent adresser ceux qui ont des découvertes ou des inventions nouvelles à proposer, dans le dessein d’être récompensez, ou seulement recommandables. Lorsqu’il s’agit de faits mathématiques, sur l’explication desquels on veut prévenir les Académiciens de cette Académie, on peut s’adresser à l’Observatoire royal, où ils ont chacun leur appartement. » Edit. 1691, p. 8.

[7] Ordre avoit été donné pour la construction de la Bibliothèque à la Place Vendôme, le 19 mai 1691. On en trouve le texte dans les mss. de la Collection Delamarre, à la Biblioth. Nat., t. 131, fol. 81. Elle eût été construite au levant, dans la partie où fut bâti l’hôtel Bourvalais, aujourd’hui Ministère de la Justice, et elle eût absorbé, par derrière, une portion de l’espace occupé, depuis, par les hôtels de la rue Neuve des Capucines, ainsi qu’on en peut juger d’après les plans qui se trouvent au Cabinet des Estampes, Topographie de Paris, Place Vendôme.