Les Apoticaires et les Epiciers qui ne composent ensemble qu’un même corps, ont leur Bureau au petit cloître sainte Opportune.
Il y a plusieurs Apoticaires de cette Communauté qui se piquent d’avoir chez eux un grand assortiment de préparations Chimiques et Pharmaceutiques : par exemple,
Messieurs Geoffroy, ruë Bourtibourg[5], et Bolduc[6], rue des Boucheries saint Germain, qui opère au Jardin Royal des Plantes.
[5] Mathieu-François Geoffroy, qui avoit été échevin en 1785. Il se tenoit chez lui des assemblées de savants, dont Fontenelle, dans l’éloge qu’il écrivit de son fils, a fait ressortir toute l’importance (t. VI, p. 487) : « M. Cassini, dit-il, y apportoit ses planisphères, le P. Sébastien ses machines, M. Joblot ses pierres d’aimant, M. Du Vemey y faisoit ses dissections, et M. Homberg des opérations de chymie… Ces conférences parurent si bien entendues et si utiles, ajoute-t-il, qu’elles furent le modèle et l’époque de l’établissement des expériences de physique dans les colléges. » Lister, au chapitre XI de son Voyage à Paris, a décrit ainsi l’apothicairerie de Geoffroy : « Elle est, dit-il, dans la rue Bourgthibourg : l’entrée de la basse-cour est par une porte cochère avec des niches, où sont de grands vases de cuivre. Quand vous êtes entré, vous trouvez des salles ornées d’énormes vases et de mortiers de bronze, qui sont là autant pour la parade que pour l’usage. Les drogues et les préparations sont en des armoires rangées autour de ces pièces. Sur les derrières sont des laboratoires très-propres et parfaitement montés. » Lister parle ensuite du fils de Geoffroy, qu’il avoit vu en Angleterre, où il étoit allé avec le comte de Tallard. Il le considère comme un jeune homme de la plus belle espérance, ce qu’il ne démentit pas. Il arriva, comme médecin, à l’Académie des sciences, et, nous l’avons dit, Fontenelle fit son éloge.
[6] Saint-Simon, dont il étoit l’apothicaire, en faisoit le plus grand cas : « C’étoit, dit-il (Mémoires, édit. Hachette, in-18, t. VI, p. 238), un excellent apothicaire du Roy, qui, après son père, avoit toujours été et étoit encore le nôtre avec un grand attachement, et qui en savoit pour le moins autant que les meilleurs médecins, comme nous l’avons expérimenté, et avec cela beaucoup d’esprit et d’honneur, de discrétion et de sagesse. »
M. Bourdelin Apoticaire de l’Academie Royale des Sciences, a pareillement une Apoticairerie fort complette dans sa maison rue de Seine à saint Germain des Prez[7].
[7] Claude Bourdelin, né à Villefranche, près de Lyon, en 1621, mort à Paris en 1699. Il fut, comme chimiste, de l’Académie des sciences, dès sa fondation en 1666. Fontenelle, qui a écrit son éloge (t. VI, p. 48-50), dit « qu’il fit voir à l’Académie près de deux mille analyses de toutes sortes de corps. » Il le vante aussi, comme apothicaire, « pour l’exacte et fidelle préparation des remèdes, qu’il distribuoit, dit-il, à tout le monde, à un prix égal et très-modique. »
Il en est de même de M. Habert Syndic en Charge des Apoticaires des Maisons Royales, qui fait souvent des Cours publics de Chimie en son Laboratoire, nie du Four à saint Germain des Prez.
M. Rouviere Apoticaire ordinaire du Roy et des Camps et Armées de Sa Majesté[8], qui n’est pas moins curieux dans sa profession et qui a fait deux préparations publiques de la Theriaque d’Andromachus[9] avec un applaudissement général, vend d’ailleurs une Eau vulnéraire qui est d’un très grand effet dans les playes d’arquebusade, ruë saint Honoré près saint Roch[10], où il a une boutique d’une propreté extraordinaire.
[8] Il fit un cours public de chimie, en 1706, au Jardin des Apothicaires, rue de l’Arbalète, près de la rue Mouffetard. On lui dut plusieurs découvertes. Il étoit, d’après l’Etat de France de 1692, p. 354, non-seulement apothicaire « des camps, hôpitaux et armées », mais aussi du Dauphin. Il se faisoit appeler Henry de Rouvière.