[9] On attribuoit, d’après Galien (De antidotis, lib. I), la composition très-compliquée de la Thériaque, dont le nom venoit de la morsure des bêtes venimeuses, thêra, qu’elle guérissoit, au médecin de Néron, Andromachus. C’étoit une espèce d’opiat ou d’électuaire liquide composé de drogues choisies, dont on finit par faire une sorte de panacée. A Venise, les magistrats présidoient à sa composition. Aussi est-ce de là que venoit, on le verra plus loin, celle qui inspiroit le plus de confiance. A Paris, comme il est dit ici, la préparation s’en faisoit chaque année publiquement, et il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. (V. les Mémoires secrets, t. XXVI, p. 246.) Le célèbre Moïse Charas commença sa réputation par un ouvrage sur le fameux remède : Thériaque d’Andromaque, avec des raisonnements et observations nécessaires sur l’élection, la préparation et le mélange des ingrédients, Paris, 1668, in-8.
[10] Il avoit, comme confrère et voisin, sur la même paroisse, « un apothicaire-épicier », Claude-François Péaget, dont il tint sur les fonts, le 27 décembre 1685, la fille Marie-Charlotte, qui devint la femme de Crébillon le tragique, et la mère de l’auteur du Sopha. (Jal, Dict. critique, p. 455.)
M. Lemory[11] célèbre par son livre[12] et par ses Cours de Chimie[13], qui a esté gratifié d’un Privilège du Roy, en faveur de sa conversion[14], continue ses exercices, et la distribution de ses préparations Chimiques, et du sel policrete de M. Seignette, chez luy au bas de la rue saint Jacques[15] où il vend son Livre, qu’on trouve d’ailleurs chez Estienne Michalet près la fontaine saint Severin.
[11] Lisez Lémery. Il s’agit, en effet, du rouennais Nicolas Lémery, qui fut de l’Académie des sciences, de 1699 à 1715, époque de sa mort, et, quoique simple apothicaire, y jeta le plus vif éclat. Parmi ses remèdes, qui furent très à la mode, et qui l’enrichirent, se trouvoit le magistère de Bismuth, qui, tout seul, eût suffi à sa fortune. Ce n’est pourtant, comme dit Fontenelle (t. V, p. 393), « que ce qu’on appelle du blanc d’Espagne » ; mais il n’y avoit que lui qui en eût alors le secret à Paris.
[12] C’est son Cours de chimie publié en 1675, et dont le succès fut tel que, suivant Fontenelle, « il se vendit comme un ouvrage de galanterie ou de satire. »
[13] La chimie, science alors nouvelle et par conséquent à la mode, lui attira l’affluence la plus choisie : « Il en ouvrit, dit Fontenelle, des cours publics dans la rue Galande, où il se logea. Son laboratoire étoit moins une chambre qu’une cave et presque un antre magique éclairé de la seule lueur des fourneaux ; cependant l’affluence du monde y étoit si grande, qu’à peine avoit-il de la place pour ses opérations. »
[14] Il étoit de la religion, et la Révocation de l’édit de Nantes l’avoit d’autant plus atteint, que tout protestant y avoit perdu le droit de s’occuper de la médecine et de ce qui en dépendoit. Lémery qui, deux ans auparavant, avoit séjourné en Angleterre, songea d’abord à y retourner avec tous les siens, mais il se décida enfin pour la conversion, dont on parle ici. Dans les premiers mois de 1686, c’étoit chose faite.
[15] Au coin de la rue Galande. V. l’avant-dernière note.
M. de Blegny fils Apoticaire ordinaire du Roy sur le quay de Nesle au coin de la rue de Guenegaud, tient aussi un assortiment complet de toutes les compositions, extraits, eaux distillées, sels, et Magisteres de la Pharmacie Galenique, et de la Chimie, tant de la préparation de Paris, que de celle de Montpellier, de Provence, d’Italie, etc., aussi bien que les Baumes verts, noirs, et blancs du Pérou, de Judée, etc.[16]
[16] « L’eau générale contre les vapeurs de l’un et l’autre sexe, la crème de perles qui oste les boutons et rougeurs du visage, l’opiatte de corail qui entretient la beauté et la bonté des dents ; la véritable eau de la reyne d’Hongrie et le vrai sirop de capillaires de Montpellier, le chocolat dégraissé, la thériaque de Venise, le baume apoplectique d’Angleterre, le baume blanc, le baume vert et le baume du Pérou ; la pommade qui amortit les héméroïdes, la poudre de vipère et les vipères mêmes, la pommade contre les dartres, les parfums de toutes espèces, les essences de romarin, de sauge, de rhue, d’anis, de fenouille, et autres essences fortes venant de Montpellier, la fleur de thé, l’eau impériale et toutes autres eaux distillées, l’emplastre contre les loupes et ganglions, le sirop de caffé, la panacée mercurielle, la poudre sternutatoire, l’huile de palme. » Edit. 1691, p. 19.