[21] C’étoit la grande clientèle de l’époque. Ceux qui prétendoient la guérir, faisoient courir par de petits Savoyards, selon Palaprat dans la préface de sa comédie des Empiriques jouée en 1697, des billets imprimés du genre de celui-ci : « M. Mercurini, napolitain, guérit sûrement, promptement, agréablement, et sans obliger à garder la maison, toutes sortes de maladies secrètes… M. Mercurini voit les hommes. Madame Mercurini voit les femmes. » Il nous semble bien que ce sont M. et Mme Blégny, d’autant mieux que l’on trouvera plus loin un spécifique de leur façon, « qui guérit promptement, sûrement » lesdites maladies. On a vu, d’ailleurs, plus haut, p. 13, que le remède de Blégny étoit le mercure, ce qui justifieroit le nom de Mercurini que lui donne Palaprat.
Une Liqueur de jouvence[22] qui rectifie les constitutions vicieuses, qui désopile les viscères obstruez, qui corrige les deffauts de la digestion, qui guérit radicalement le vertige, la migraine et les vapeurs, qui regle les excrétions, en un mot qui rajeunit comme une espèce de fontaine de jouvence.
[22] Il y a dans le chap. XIII de la 1re partie des Essais de médecine de Bernier, quelques lignes contre « une eau de Jouvence », qui pourroit bien être cette liqueur de Blégny.
Une Eau dissenterique d’une vertu infiniment audessus de la Racine emétique, puis que sans faire vomir ni causer la moindre incommodité, elle arrête infailliblement en une ou deux prises toutes sortes de cours de ventre, de flux de sang et de dyssenteries.
Un Spécifique infaillible pour prévenir et pour guérir promptement, seurement et infailliblement les Maladies Vénériennes.
Des grains et des liqueurs balsamiques pour la guérison des gonorrhées, des pertes blanches, de l’impuissance venerienne, de l’incontinence d’urine[23], etc.
[23] « Des grains balsamiques qui préviennent et qui rectifient toutes espèces de pourriture intérieure, qui consolident les ulcères des reins, des urètres, de la vessie et du canal urinaire, qui arrêtent les gonorrhées habituelles, qui fortifient tous les nerfs, qui réparent l’impuissance de Venus, qui épuisent les pertes blanches, et qui contribuent très-efficacement à la guérison des descentes et des paralisies. » Edit. 1691, p. 16-17. — Cet article y est précédé de celui-ci : « les grains dépuratifs, qui dépurent la masse du sang, qui desobtruent les viscères et les vaisseaux sanguinaires, qui règlent toutes les fonctions naturelles, qui amortissent les levains et qui abaissent les vapeurs, enfin qui corrigent tous les vices habituels d’une mauvaise constitution. »
Une Epreuve végétale[24] qui guérit à jamais la douleur et la carie des Dents.
[24] « Une essence végétale… » Id., p. 17. On y lit à la suite de cet article : « l’eau rouge de la reine d’Hongrie, qui appaise les douleurs de la goutte et des rhumatismes en fortifiant toutes les parties… le sirop de vanille, qui a une propriété singulière contre la toux et contre les fluxions de poitrine. L’antidote universel qui survient (subvient) à toutes les maladies des pauvres gens et de leurs bestiaux. Le sirop de thé fébrifuge qui arrête sans retour, en très-peu de prises, toutes les espèces de fièvres intermittentes. Le Trésor d’Esculape, qui contient dans un très-petit volume une excellente panacée et divers autres remèdes expérimentez, pour survenir (subvenir) à toutes les occasions pressantes et subites. »
Une Eau hysterique qui abaisse les vapeurs des femmes et qui les delivre sur le champ des plus violentes suffocations et de la plupart des mauvais travaux.