Les Eaux d’Ange[25], de Cordoüe, d’Amarante, de fleurs d’Oranges, de Thim, et généralement les Eaux odoriférantes et medecinales qui servent aux cassolettes philosophiques, pour parfumer et des-infecter les chambres, et pour guérir les maladies de sympathie[26].
[25] On l’appeloit ainsi, parce que c’étoit l’eau de senteur par excellence, l’eau des Anges. On la faisoit avec de l’iris de Florence, du benjoin, du storax, du sental citrin, etc., sur lesquels on versoit des eaux de rose et de fleurs d’orange distillées.
[26] Cet article est beaucoup plus curieux dans l’édit. de 1691, p. 17, surtout pour les « cassolettes philosophiques. » Blégny, comme on va voir, ne les appelle alors que « cassolettes royales. » Il parle d’abord d’une sorte d’appareil pour le café et le chocolat, dont l’invention rappelle singulièrement celle de nos « caléfacteurs », et devoit être d’une grande commodité pour les gens qui aimoient comme certain gourmet de Regnard à porter « cuisine en poche. » Voici ces deux articles : « les caffetières et chocolatières portatives, qui n’occupent à peine qu’une seule poche, et ne laissent pas de contenir tout ce qu’il faut de thé, de caffé, de chocolat et de sucre pour faire trois prises de chaque boisson, la lampe, le fourneau, l’esprit de vin, le fusil, les gobelets, les soucoupes, les cuillères, etc. — Les cassolettes royales, par lesquelles on réduit très-agréablement et très-utilement en vapeur les eaux d’Ange, de Roses, de Cordoue, de fleurs d’Orange et d’Amaranthe, pour parfumer et désinfecter les chambres sans fumée et à très-peu de frais, au moyen d’une lampe à esprit de vin, au-dessus de laquelle on place sur deux petites consoles de cuivre, un globule de cristal ayant un bec alongé, par lequel ces liqueurs sont attirées au-dedans du globule dès qu’on lui a fait ressentir quelque chaleur que ce soit, et par lequel aussi elles sont ensuite exhalées en vapeur presque imperceptibles, par la flamme de la lampe, qui les fait bouillir jusqu’à leur entière consommation sans casser le globule, ce qui est d’un effet fort plaisant, mais principalement pour les malades, à qui l’on peut faire respirer par ce moyen un air chargé de liqueurs médicamenteuses qui conviennent à leurs indispositions. »
Plusieurs Remèdes infaillibles pour guerir très promptement les Decentes, sans opération, sans rien prendre par la bouche, et quelquefois sans bandage[27] ou sans retraite[28].
[27] V. sur les bandages ou brayers, depuis le moyen-âge jusqu’au XVIIe siècle, le Vieux-Neuf, 2e édit., t. I, p. 134, et plus haut p. 13.
[28] « A cause de quoy il a pareillement établi la manufacture royale des bandages à vis et à ressort qui arrêtent les descentes que les bandages ordinaires ne peuvent arrêter, et qui contribuent beaucoup par cet assujétissement à la guérison de ces maladies. » Edit. 1691, p. 16.
Une Eau diûrétique pour la dissolution et l’expulsion des glaires, du gravier et de la pierre des reins et de la vessie, et un grand nombre d’autres spécifiques expérimentez pour les maladies des yeux, la sourdité, les bourdonnemens d’oreilles, les ulcères du nez, les loupes, les signes, les porreaux, etc.
Une Eau et un Sel fébrifuges, qui guérissent les fièvres sans retour en très peu de prises.
Tous ces Remèdes sont distribuez dans des bouteilles et boëttes cachetées[29], sur lesquelles on fait coller l’imprimé qui enseigne leurs vertus et leurs usages[30].
[29] Ces boîtes étoient toujours très-soignées, aussi disoit-on proverbialement : propre comme une boîte d’apothicaire. C’est ce qu’au temps de Rabelais on appeloit des Silènes : « Silenes estoyent, dit-il (Liv. I, prologue), petites boytes, telles que voyons de présent ès bouticques des apothecaires, paintes au dessus de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satires, oysons bridez, lièvres cornuz, canes bastées… et aultres telles painctures contrefaictes à plaisir pour exciter le monde à rire… mais au dedans, l’on reservoit ces fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, zivette… » Silènes passoient aussi pour boîtes à secret. Erasme se servit du mot dans ce sens, lorsqu’il fit, en 1527, son petit livre les Silènes d’Alcibiade. (V. le Bulletin du bibliophile, 1857, p. 152.)