[2] Tous les ouvrages sans marque — nous dirions sans contrôle — étoient saisis. Il y eut, par arrêt du 4 août 1693, une exécution de ce genre contre les orfèvres Bastier, Prévost, Turmelle, Ladoireau et Gauché.

Les Maîtres et Gardes en charge de l’Orfevrerie sont, Messieurs Bretault, place Dauphine, Bulot, rue saint Louis du Palais, Juillet, quay de l’Orloge, de Ronel, Grenier et l’Evesque, quay des Orphévres[3].

[3] On voit que la plupart des orfèvres étoient groupés dans la place Dauphine ou sur les quais et les rues qui l’entourent. Cette réunion de riches boutiques, sur un même point, avoit obligé, au siècle dernier, de placer tout près, au terre-plain du Pont-Neuf, un corps de garde du Guet, dont une sentinelle se tenoit toute la nuit au coin du quai des Orfèvres.

M. de Launay, Orphevre du Roy, demeure devant les Galleries du Louvre[4].

[4] Il étoit, en effet, « un des illustres qui sont logez sous la grande gallerie », comme dit G. Brice. « De Launay, orfèvre, ajoute-t-il (t. I, p. 75), conduit ordinairement les ouvrages magnifiques que le roi fait faire. » Tout l’ameublement de Versailles, « en meubles d’orfèvrerie », tels que les bancs d’argent massif, qui se trouvoient devant chaque fenêtre de la galerie des glaces, avoit été fait sous sa direction. Quand arrivèrent les lois somptuaires dont nous avons parlé, il n’en fut pas pour cela plus épargné. Le commissaire Delamarre fit chez lui une visite le 4 mars 1687, et il lui fallut déclarer tout ce qu’il avoit d’ouvrages d’or et d’argent, achevés ou à finir. V. les papiers Delamarre à la Biblioth. Nat., no 21, 627, fol. 102 et suiv. On apprend par le procès-verbal qu’il étoit défendu aux orfèvres de vendre des soufflets et des grils d’argent, mais qu’en revanche ils avoient le droit de mise en vente pour les boîtes à poudre, boîtes à savonnettes, sonnettes, écritoires, bassinoires et pots de chambre en argent !

M. de Villers qui travaille aussi pour Sa Majesté aux ouvrages d’Orphevrerie, demeure aux Gobelins[5].

[5] Les Gobelins n’étoient pas alors qu’une manufacture de tapisseries, mais une sorte d’école d’arts et métiers sous la direction de Le Brun, puis de Mignard, avec ateliers de bijouterie, d’ébénisterie, de marqueterie, de peinture, de gravure, etc. Il n’est donc pas étonnant que nous y trouvions l’orfèvre De Villiers, en 1692. Trois ans après, le malheur des temps fit fermer la plupart de ces ateliers.

M. de Montarsis qui a soin des Ouvrages de pierreries de Sa Majesté, demeure devant la place du Carrousel[6].

[6] C’étoit encore un des illustres des galeries. Voici son nom complet : Pierre Le Tessier de Montarsy. Il se qualifioit « joaillier ordinaire du Roi », puis, quand son père, qui étoit « garde des pierreries de la Couronne », fut mort, il prit le même titre, mais en le partageant avec le président Du Metz. C’est lui qui, en 1697, fut chargé de constater à la Sainte-Chapelle, sur le reliquaire de la couronne d’épines, la soustraction que Henri III y avoit fait faire de plusieurs rubis des plus précieux. (Morand, Hist. de la Sainte-Chapelle, p. 199-200.) Montarsy, avant de figurer ici au premier rang des joailliers, auroit pu être classé parmi les curieux : « Il a, dit G. Brice, une très-belle galerie remplie de tableaux des plus grands maîtres, de bronzes, de bijoux précieux, de porcelaines rares, de vases de cristal de roche, et de mille curiositez d’un goût exquis et d’un prix très-considérable. Ces belles choses sont dans sa maison, située à l’extrémité du cul-de-sac de Saint-Thomas du Louvre. » C’est chez lui qu’on se fournissoit des boîtes à portrait du Roi : « Je m’adresse à vous, lui écrit Phélypeaux, le 10 oct. 1694, ne sachant si M. Du Metz est à Paris, pour vous dire de m’envoyer le plutôt qu’il se pourra une boëtte à portrait de huit cents ou mille escus. Il faut que le portrait du Roy soit d’émail, en relief, de la façon du Suédois, en cas que vous en ayez un prêt. » Jal, à qui nous devons de connoître cette lettre, se demande quel peut-être ce peintre suédois. C’est, sans aucun doute, Kleintgel ou Klingstet, qui étoit déjà célèbre alors à Paris pour ses miniatures.

Messieurs Bins[7] et Guyon distinguez pour mettre toutes sortes de Pierreries en œuvre, demeurent aux Galleries du Louvre.