[13] Denis Caresme, dont le père, Thomas Caresme, mort en 1688, avoit été « ingénieur des feux d’artifice de S. M. » Denis étoit concierge des basses cours du Louvre, ce qui explique son logement rue Fromenteau. Ses feux d’artifice figurés et colorés n’étoient pas que pour l’Opéra. Il en fit aussi pour la Comédie italienne. V. le Théâtre de Ghérardi, t. I, avertissement. Il mourut en 1700. Son père, qui logeoit au Marché-Neuf, faisoit non seulement des feux d’artifice pour le roi, mais pour la Ville. (Bibliogr. des Mazarin., t. I, p. 388.) En cela, comme on le voit ici, il lui avoit succédé. Charles-Nicolas Guérin lui succéda à lui-même. (Archives de l’Hôtel-Dieu, t. I, p. 130.)
[14] Caresme est mentionné au chapitre XXXIX de l’édition de 1691, p. 59, mais sans qu’il y soit dit qu’il travailloit pour l’Opéra. « Le sieur Morel », qui vient après, s’y trouve aussi. On lit de plus, à la suite : « le sieur Moisy, qui a une boutique sur le Pont-Neuf, et une veuve qui en a une devant la Bastille, font des fusées pour les merciers et pour les particuliers qui en ont besoin. »
Le Sieur Morel, même talent, demeure rue de Tournon.
Le Sieur du Mont, place Maubert, montre les tours de Gibeciere[15].
[15] On s’en amusoit même chez le Roi. V. dans les Mélanges histor. de Michault, t. I, p. 16-19, l’anecdote d’un de ces prestidigitateurs qui, pendant une soirée de Versailles, escamota un verre énorme et le fourra dans les chausses un peu trop lâchées de ce pauvre abbé Genest, l’académicien.
On tient tous les Dimanches matin sur le quay de la Mégisserie, du costé du Châtelet, une espèce de marché d’Animaux vivans pour le plaisir ; sçavoir, Lapins, Pigeons, Oiseaux de cages[16], Cochons d’Inde, etc.
[16] Les oiseaux de cage étoient surtout le commerce de ce quai, le dimanche. Quelques-uns se payoient très-cher. Les serins, par exemple, qui étoient encore des oiseaux assez rares, montoient jusqu’au prix de deux cents livres. (Hervieux, Traité des Serins de Canaries, 1709, in-12, chap. XXIII.) Sous la Régence, les grandes dames en faisoient trafic. Après qu’on les avoit bien stylés chez elles, elles les envoyoient revendre sur le quai. (Lémontey, Hist. de la Régence, t. II, p. 319.)
La Demoiselle Guerin, rue du petit Bac[17], fait commerce de petits Chiens pour les Dames[18].
[17] « Près les Petites maisons. » Edit. de 1691, p. 33. — On l’appelle aujourd’hui, par interversion, petite rue du Bac.
[18] C’est-à-dire les chiens de chambre ou de manchon. Les plus à la mode étoient encore à ce moment, quoique déjà un peu en baisse, comme on le verra plus loin, les chiens de Bologne, sorte de carlins, qu’on frottoit aussitôt nés d’esprit de vin à toutes les jointures pour les empêcher de croître. Ils se vendoient quelquefois fort cher. Tallemant (édit. P. Paris, t. III, p. 304) raconte qu’un extravagant d’italien, nommé Promontorio, en offrit un à la princesse Marie de Mantoue, pour cinquante pistoles à payer quand elle serait reine. Elle accepta, et dix-huit mois après devint, contre toute apparence jusque-là, reine de Pologne. On comprend qu’elle paya alors gaîment les cinquante pistoles. L’espèce des chiens de Bologne s’est perdue, même à Bologne. (Valery, l’Italie confortable, p. 78-80.) Sur la fin du règne de Louis XIV, les chiens Burgos commençoient à les remplacer. Ils préludoient à la mode des chiens d’Espagne, ou épagneuls, qui date de la Régence. Entre eux et les bolonois s’étoient un instant glissés les chiens loups : « On ne carresse plus, lisons-nous dans la Lettre italienne déjà citée, que ceux qui ont le museau de loup et les oreilles coupées, et plus ils sont difformes, plus ils sont honorés de baisers et d’embrassements. »