[4] Cicero, ad Atticum, lib. IV.
Les riches patriciens avoient de ces « nomenclateurs » parmi leurs esclaves. Ils leur faisoient tenir pour eux une sorte d’almanach des adresses, où figuroient, avec les gens composant leur « clientèle », les nombreux amis que leur avoit tout naturellement attirés la richesse.
L’usage de ces esclaves dresseurs de listes existoit depuis longtemps chez les rois d’Asie, et c’est de là qu’il étoit venu à Rome. Sénèque ne le condamna que plus sévèrement dans un de ses traités, où cet étalage de clients et d’amis ne lui semble qu’une ostentation de cour :
« C’est, dit-il[5], une vieille coutume des rois ou de ceux qui imitent les rois, de faire enregistrer un peuple d’amis. »
[5] De Beneficiis, lib. VI, cap. 33.
A côté du renseignement curieux, l’étranger pouvoit, dans les villes grecques, trouver le renseignement utile. Étoit-ce un Corinthien de passage à Athènes, ou un Athénien à Corinthe ? Il trouvoit chez le chargé d’affaires de sa ville tout ce qui pouvoit l’empêcher de s’égarer ou d’être pris pour dupe. Le gîte même, s’il arrivoit avec une mission de ses concitoyens, lui étoit fourni par ce fonctionnaire — nous allions presque dire ce consul — complaisant et hospitalier[6].
[6] Boeckh, Economie politique des Athéniens, t. I, p. 388.
On l’appeloit Proxène, mot que reprirent les Romains pour en faire celui de Proxeneta, qui n’eut que plus tard le sens déshonnête qu’il devoit prendre et que nous avons laissé à son dérivé proxénète.
D’abord, le proxeneta n’étoit à Rome qu’une sorte de courtier en marchandises, un intermédiaire, intercessor, comme dit Apulée, entre l’acheteur et le vendeur. Il s’entremettoit pour les affaires de change, qui ont toujours tant importé aux étrangers. Il négocioit même pour eux ou pour les clients urbains, des emprunts à intérêts[7]. En ce cas, il prenoit le nom spécial de pararius[8]. De tout cela, il formoit un ensemble d’affaires, auxquelles on avoit donné le nom particulier de proxenetica, et que la loi reconnoissoit comme légales : Proxenetica, lit-on dans le Digeste[9], jure licito petuntur.
[7] Sénèque, Epître 119.