[17] Le jardin de Morin, dont ce Jacques étoit peut-être le jardinier, se trouvoit rue Taranne, derrière la Charité. C’étoit un des plus célèbres de Paris pour les plantes rares. Le premier filaria, dit Sauval, t. III, p. 4, y fut planté.
Le Sieur Billette, Jardinier du Roy, dont la femme est Bouquetiere de Sa Majesté, a de très belles fleurs et de très beaux arbustes : mais il est ordinairement en Cour.
Le Sieur Baudouin, Jardinier Marager[18], près la Barrière des Incurables[19], cultive toutes sortes de Fruits et de Legumes precosses avec un succez merveilleux.
[18] C’étoit l’ancien mot, que celui de « maraîcher » remplaça. Jaubert l’emploie encore dans son Dictionnaire des arts et métiers, t. III, p. 49. La Quintinie avoit cependant consacré l’autre depuis longtemps, avec une simple différence d’orthographe, dans son livre sur Les jardins, préface, p. XVII. Distinguant ceux qui s’occupent d’arbustes et de fleurs de ceux qui s’occupent de légumes, il dit : « les uns qu’on nomme simplement jardiniers, les autres qu’on nomme maréchais. »
[19] Il est singulier que Blegny n’ait cité ici que ce « marager » de la barrière des Incurables ou de Sèvres. Dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Martin, où affluoient les fleuristes, ils étoient, eux aussi, en nombre, et cela depuis longtemps. Dans les Registres criminels du Châtelet (1389-1392), il est parlé, t. II, p. 252 et 522, des marais qu’ils cultivoient et des gardes qui les préservoient contre les maraudeurs. Charles V avoit protégé cette culture de la banlieue parisienne, et il en existe des preuves chez quelques descendants de ceux qu’il avoit privilégiés : « On conserve, dit M. A. Ysabeau dans un article reproduit par le Salon littéraire du 21 août 1843, p. 12, on conserve avec soin dans plusieurs familles de maraîchers — les Dulac, Deberg et autres — des chartes de Charles V, concédant aux ancêtres de ces familles des marais, à la condition de les dessécher pour les convertir en jardins. Depuis cinq siècles, les familles désignées sur ces chartes n’ont pas cessé d’exercer de père en fils, sans interruption, la profession de jardinier. »
M. Tournesol[20], demonstrateur au Jardin du Roy, entend particulierement la culture des plantes medecinales[21].
[20] Lisez Tournefort. C’est le célèbre botaniste-voyageur, qui étoit professeur au Jardin Royal depuis 1683, et de l’Académie des Sciences depuis un an seulement. Lister le vit souvent, et parle beaucoup de lui dans son Voyage.
[21] Il combinoit, en effet, la botanique et la médecine, comme on le voit par son Traité des matières médicales.
Aussi fait un des Pères Minimes de la Place Royale.
On trouve chez les Provençaux, au cul de sac de saint Germain l’Auxerrois[22], rue de l’Arbre sec, des Orangers, des Citronniers, des Jasmins, des Mirthes et des oignons de Tubereuses, de Narcisses de Constantinople, de Hiacinthes Orientales, de Lis Alphodelles, de Martagons Pomplions, etc.