Ce nouveau Journal du bureau de rencontre — c’est ainsi qu’il s’appeloit — parut en 1681. Les Renaudot n’y furent pour rien que par la cession du privilége, comme avec Colletet. Eusèbe étoit mort en 1679, et son fils, l’abbé, s’occupoit beaucoup moins de ces sortes d’affaires que de philologie orientale.

C’est à Devizé, qui depuis neuf ans faisoit vivre tant bien que mal le Mercure galant, dont il étoit le fondateur, que le privilége avoit, cette fois, été cédé ou plutôt, comme on disoit, « loué ». Devizé voulut en étendre plus que de raison les dispositions, et l’affaire périclita encore. Une de ses prétentions étoit de ne pas faire seulement du Bureau d’adresse ou de rencontre un bureau d’avis et de petites affiches, mais une boutique, un « magazin ». Après avoir annoncé des marchandises, il vouloit les vendre.

Les six corps marchands s’en émurent.

Il y eut plainte de leur part au lieutenant de police La Reynie, qui leur donna raison par une lettre du 25 novembre 1681 au commissaire Delamarre, où se trouvoit, entre autres choses, une désapprobation formelle de ces sortes d’entreprises, qu’il s’étonnoit de voir toujours reparoître : « Tant de personnes de première qualité, disoit-il dans sa lettre, ont fait effort pour parvenir à cet établissement sans y pouvoir réussir, qu’il seroit inutile de le tenter de nouveau. »

De simples avis donnés au Bureau d’adresses ou publiés par lui dans une feuille sans conséquence, voilà tout ce qu’il permet[56].

[56] Collection Delamarre, aux mss. de la Biblioth. nat., 21, 741, p. 165.

Devizé, à qui son Mercure donnoit une sorte d’autorité et de franc parler, ne persista pas moins dans son idée de Bureau-Magasin, et, à cet effet, coup sur coup, il écrivit deux lettres au lieutenant de police, dont la réponse, de plus en plus catégorique et nette, ne se fit pas attendre. Elle est du 29 novembre et est adressée, comme l’autre, à Delamarre : Jamais il ne permettra l’établissement d’un pareil bureau, « capable, dit-il, de renverser tout le commerce de Paris… Il y a là, continue-t-il, un nombre infini d’inconvénients très-dangereux. »

Pour finir, il donne à entendre que si Devizé ne se soumettoit pas, il lui interdiroit même la feuille d’avis[57].

[57] Id., p. 166.

Devizé ne répliqua plus et abandonna l’affaire, y compris cette feuille d’avis, qui ne lui sembloit rien sans l’autre combinaison. Jusqu’en 1688, nous ne la voyons pas reparoître.