Alors seulement, au mois d’août, un numéro se risque, daté du Bureau d’adresse, d’où la Gazette de France datoit toujours les siens, et qui avoit encore pour principal intéressé l’abbé Renaudot, à cause du privilége que le désistement de Devizé lui avoit remis en main. Vouloit-il, par cette réapparition de sa feuille, qui avoit pris pour nouveau titre : Liste générale du Bureau d’adresse et d’avis par privilége du Roi, rappeler l’attention sur ce privilége et tâcher de trouver ainsi quelqu’un à qui le céder encore ? Je le crois, et ce qui me donne raison c’est que, vers la fin de la même année 1688, ce quelqu’un s’étant trouvé, l’abbé lui loua le privilége.

Il s’appeloit Chomat. Marché fut conclu au mois de décembre, sous la réserve que le lieutenant de police approuveroit. Il n’approuva pas. Le commissaire Delamarre, à qui s’étoient adressés l’abbé Renaudot et Chomat, soumit par lettre leur demande à La Reynie, qui la repoussa par une simple note très-nette, mise en marge[58].

[58] Id., p. 169.

La feuille d’avis dut ainsi, malgré le vif désir de l’abbé, revenir au Bureau d’adresse, où là, du moins à cause de lui, La Reynie, qui n’étoit hostile qu’aux nouveaux venus, vouloit bien la tolérer. Au mois de février 1689 elle y reparut, et, pendant quatre mois consécutifs, dont nous avons vu les numéros, elle ne cessa plus. En 1693, nous la trouvons encore, mais avec un changement dans le mode de publicité et une modification dans le titre.

L’unique numéro de cette année-là, que nous ayons vu, porte celui-ci : Liste des avis du Journal général de France, ou Bureau de rencontre, pour servir au public, depuis le mercredy 18 novembre jusqu’au mercredy 2 décembre 1693. La feuille, au lieu de ne paroître que tous les mois, paroissoit donc alors tous les quinze jours, ce qui étoit un progrès et sembloit une preuve de prospérité. Comme elle n’a cependant laissé qu’une trace — celle dont nous parlons — nous sommes tenté de croire qu’elle n’a pas duré longtemps avec son nouveau titre.

L’année d’auparavant, une autre du même genre avoit eu des velléités de paroître, mais ne semble pas y être parvenue. Sous la forme « d’un cahier volant », et avec le titre assez singulier, Les Adresses casuelles de la ville de Paris, elle auroit, chaque mois, indiqué les ventes publiques, l’adjudication des héritages licités et décrétés, etc., etc. ; puis, comme un véritable journal de courtage, « l’état des marchandises, dont les courtiers commissaires se trouvoient chargez[59] », etc.

[59] V. plus loin, p. [9]-10.

D’où seroit partie cette nouvelle feuille d’affiches ? De chez un homme qui n’en étoit pas à sa première entreprise, mais auquel on ne doit pas de publication plus intéressante que celle-là même, commencée un an plus tôt, en 1691, dont nous reproduisons ici la seconde et dernière année : Le livre commode, contenant les adresses de la ville de Paris.

Pour ce petit volume, si réellement nouveau alors, et que son journal, Les Adresses casuelles, n’auroit fait que compléter, un livre anglois du même genre, dont les éditions se succédoient à Londres depuis 1677, lui avoit certainement servi de guide[60] ; mais il s’étoit bien gardé d’en parler. Le silence en pareil cas faisoit partie de ses procédés d’accapareur, comme nous le verrons, et disons le mot, — qui, d’ailleurs, est du temps[61] — de ses habitudes de « faiseur ».

[60] Le Bibliophile français, août 1872, p. 255.