[61] Le Livre à la mode, par l’abbé Bordelon, p. 28.

La première édition ou première année de son livre d’indications avoit pour titre : « Les Adresses de la ville de Paris, avec le trésor des almanachs, livre commode, en tous lieux, en tous temps et en toutes conditions, par Abraham du Pradel, astrologue lionnois. » Ce nom étoit, on le devine, aussi imaginaire que le titre, dont il le faisoit suivre, et qu’il modifia l’année suivante. Au lieu d’Abraham du Pradel, « astrologue lionnois », il se contenta de mettre « philosophe mathématicien », ce qu’au reste il n’étoit pas plus qu’astrologue.

Il étoit de son métier chirurgien apothicaire, et de son vrai nom, Nicolas Blegny ou de Blegny, ainsi qu’il s’appeloit lui-même plus volontiers, se donnant la particule avec une complaisance qui nous paroît suspecte.

Il n’étoit pas de Paris et nous ignorons le lieu aussi bien que la date de sa naissance. Peut-être venoit-il de Lyon, ce qui expliqueroit pourquoi, en prenant le pseudonyme de du Pradel, astrologue, il se donna pour « Lionnois. »

Le rédacteur de la Biographie universelle, qui s’est occupé de lui, mais seulement comme empirique et sans connoître le curieux petit livre qu’on lui doit, a dit qu’il mourut en 1722, ayant soixante-dix ans. Il seroit né ainsi, par conséquent, en 1652. C’est, croyons-nous, une erreur. D’après un document émané de Blegny lui-même et que nous aurons à citer longuement tout-à-l’heure, nous savons, en effet, qu’en 1683 il avoit déjà « dix-sept ans d’établissement », ce qui feroit remonter sa naissance non à 1652, mais au moins dix ans plus tôt, et lui donneroit à sa mort quatre-vingts ans au lieu de soixante-dix. Pour tout ce qu’il entreprit, écrivit, projeta, car il fut surtout, comme dit Moreri, « fertile en projets » ; pour tout ce qu’il s’attira d’ennuis, de persécutions et même d’emprisonnements, il ne falloit pas moins.

Quand — vers 1666 probablement — il vint à Paris, son apprentissage étoit fait, et, tout aussitôt, il se mit à pratiquer, comme s’il étoit maître. Il ne tarda pas non plus à se faire auteur. Par le titre de ses ouvrages, on jugera du peu de sérieux de sa science et du charlatanisme de ses pratiques.

C’est aux maladies, malheureusement les plus répandues alors et qui étoient d’un produit excellent pour les empiriques, tant à cause des remèdes à vendre que du scandale à exploiter contre tout malade qui ne payoit pas leur silence, que Blegny s’attaqua d’abord.

Un des premiers livres que nous connoissions de lui et qu’il publia en 1673, est : L’art de guérir les maladies vénériennes, expliqué par les principes de la nature et de la mécanique, in-12. Pareil traité ne pouvoit être que d’un charlatan. Le succès n’en fut que plus vif, et cela partout : à Paris, où il eut deux éditions ; à Lyon, où on le réimprima ; à La Haye, à Amsterdam, et aussi à Londres, où il fut traduit en anglais.

Son ouvrage, L’art de guérir les hernies de toute espèce dans les deux sexes, avec le remède du Roi, qui parut en 1676, sembla plus sérieux ; mais Blegny revint au charlatanisme des attrape-niais, lorsque, trois ans après, il publia un petit in-12 avec ce titre : Histoire anatomique d’un enfant qui a demeuré vingt-six ans dans le ventre de sa mère.

Vers le même temps, ne trouvant pas qu’être apothicaire, faire de la chirurgie, tenir une Académie de découvertes — nous en parlerons bientôt — écrire des livres, où il inventoit des remèdes ou des monstres, etc., suffisoit à son activité d’empirique à projets, il se fit journaliste médical. Sous le titre de Nouvelles découvertes dans toutes les parties de la médecine, il se mit à publier, en 1679, une sorte de gazette mensuelle, qui ne mentit pas à ce qu’elle promettoit. Toutes les découvertes y furent réellement passées en revue, mais par la façon dont elle en parla, chaque fois que les remèdes nouveaux n’étoient pas de Blegny lui-même, on la considéra bientôt moins comme un journal utile que comme un pamphlet intéressé.