Lors donc que, quelques jours après, sur la dénonciation de Desnoues, arrêt de prise de corps eut été lancé contre lui, personne n’intervint pour empêcher la justice d’avoir son cours.

Doyens et docteurs triomphoient. Ce qu’ils désiroient depuis si longtemps étoit obtenu : « Si », avoient-ils dit, d’après le témoignage même de celui qu’ils accusoient et qui les connaissoit bien[64], « si nous pouvons tenir Blegny, il ne nous échappera pas ; nous avons en main de quoi le faire pendre. Il sera bien heureux s’il en est quitte pour les galères. Il y a trois cents témoins qui déposeront contre lui. M. de La Reynie en a informé S. A. R. à notre considération, et ce magistrat a promis à notre doyen de nous délivrer bientôt du chagrin que nous avons de voir un chirurgien écrire sur toutes les matières de la médecine et présider dans une Académie à des docteurs de diverses facultés[65]. »

[64] Factum pour Me Nicolas de Blegny, etc., in-4o, p. 4.

[65] Id., p. 9.

Cela dit, pour prouver la partialité de ceux qui le dénoncent, il prend corps à corps l’accusation et la rejette sur Desnoues qui l’en a chargé. C’est lui seul qui s’est permis les dissections défendues, et cela non-seulement cinq ou six fois, comme on le pense, mais quarante au moins. Il alloit disséquant n’importe où, dans tous les quartiers. Quelqu’un qui le savoit lui joua le tour de le surprendre un soir, rue de l’Université, à l’hôtel Tambonneau, et de lui faire la plus forte peur, en se disant commissaire. Desnoues, qui le crut, décampa par la fenêtre de la mansarde où il disséquoit, emportant le corps à moitié dépecé. Il le laissa dans la gouttière, où un couvreur le retrouva le lendemain.

S’est-il, lui Blegny, livré à ces opérations clandestines, a-t-il jamais couru les risques de pareilles surprises ? Ses dénonciateurs n’osent même le supposer, et cependant ils font tout pour l’écraser par leurs allégations :

« Il n’est pas », s’écrie-t-il avec une certaine éloquence[66], « il n’est pas d’injures dont ils n’aient tâché de le noircir en toute occasion, point d’artifices dont ils ne se soient servis pour lui faire perdre la protection qu’il avoit naguère du sieur lieutenant de police et qu’il a encore du sieur premier médecin du Roy ; point de prétextes qu’ils n’aient inventés pour luy dénier la justice qu’ils luy doivent ; point de moyens secrets qu’ils n’aient mis en usage pour le diffamer, pour diminuer son employ, pour luy attirer l’indignation de S. A. Monsieur ; point d’entreprises qu’ils n’aient faites pour troubler ses exercices et pour empêcher la publication de ses ouvrages ; point d’occasions qu’ils n’aient recherchées avec empressement pour luy susciter des procez ; enfin, point d’intrigues qu’ils n’aient pratiquées pour porter ses confrères et ses meilleurs amis à se déclarer contre luy. »

[66] Id., p. 10.

Ce qui lui tient le plus au cœur, c’est qu’ils ont vilipendé ses ouvrages. Il n’en est pas un auquel ils aient fait grâce. N’ont-ils pas prétendu aussi que les chirurgiens, de même que les médecins, avoient eu tous à se plaindre de lui, chose absolument fausse, ainsi que le prouve l’approbation accordée par beaucoup d’entre eux aux instruments par lui inventés.

On l’accuse, continue-t-il, « d’être sans doctrine, et d’avoir des auteurs à gages » ; or, il a passé dix-sept ans d’établissement sans tomber dans la moindre impéritie, et il s’est rendu la voix publique favorable par l’exactitude de sa conduite et par l’heureux succès des cures qu’il a entreprises.