[68] V. plus loin, p. [157], note.
Il en avoit, à ce qu’il semble, trouvé d’assez efficaces, dont il avoit livré le secret au roi, à condition que le public en profiteroit pour rien.
Blegny abusa de ce qu’il étoit chargé de la vérification de ces sortes de découvertes pour accaparer au passage les remèdes du Prieur et les ajouter aux siens. Il s’en occupa dans les Conférences de son bureau ou Académie, qu’il avoit transféré de la place du Palais-Royal à la rue Guénegaud ; et, qui pis est, il les vendit avec ses propres drogues.
De nouvelles plaintes arrivèrent alors, auxquelles il opposa son impudence ordinaire, ce qui fut cause qu’elles ne tardèrent pas à être suivies d’un nouvel arrêt de prise de corps. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans un curieux recueil manuscrit : Lettres historiques et anecdotiques[69], sous la date du 15 janvier 1686 :
[69] Bibl. nat., Mss. Suppl. franç. no 10,265.
« Blegny, chirurgien, a esté mis à la Bastille, pour s’estre voulu mesler d’enseigner la manière d’user des remèdes que le prieur de Cabrie avoit donné au Roy et que S. M. fait distribuer gratuitement. Il avoit dit des impertinences. »
Ce dernier détail suffiroit, connoissant Blegny comme nous le connoissons, pour ne nous laisser aucun doute sur l’authenticité de la nouvelle.
Cette captivité, qui explique pourquoi Bernier, parlant de lui, l’appelle « le bastillé et le bastillable[70] », ne dut pas être de bien longue durée, mais ne le laissa pas moins un peu plus mesuré et plus modeste. L’année d’après il ne publia qu’un livre des plus anodins : Le bon usage du thé, du café et du chocolat pour la préservation et la guérison des maladies, in-12 ; et, en 1688, deux autres petits volumes sans beaucoup plus de conséquence : Secrets concernant la beauté et la santé, qui ont fait dire avec raison par un de ses biographes : « Le titre seul de cet ouvrage annonce le charlatanisme : les vrais médecins ne connaissent pas de secrets[71]. »
[70] Anti-Menagiana, préface, p. 16.
[71] Biog. universelle, art. Blegny.