Au moyen-âge, l’utilité s’éclairant par la charité qui fut sa vraie lumière, il y eut quelques bonnes tentatives et quelques progrès. Dès le XIe siècle, par exemple, les pauvres filles en quête de conditions surent où se renseigner pour en trouver une, et en même temps, qui mieux est, n’eurent plus à chercher le refuge où elles pourroient l’attendre : les bonnes sœurs de l’Ostellerie Sainte Opportune, ou Catherinettes, leur offroient à la fois les renseignements et le gîte[12].
[12] Piganiol de la Force, Descript. de Paris, t. II, p. 149 ; H. Bordier, les Églises et les Monastères de Paris, 1856, in-12, p. 23.
En 1330, autre fondation d’une charité tout aussi hospitalière et plus maternelle encore. Les nourrices de la campagne ne savoient pas, en venant à Paris, comment trouver des nourrissons, et les mères n’ignoroient pas moins de quelle façon se procurer des nourrices. L’établissement dont nous voulons parler y pourvut, en satisfaisant les unes et les autres.
La nourrice du fils du roi, alors régnant, Philippe VI, avoit quatre grandes filles. On leur créa quatre offices, qui constituoient à chacune le privilége de tenir un bureau, où mères et nourrices pussent se présenter pour s’entendre[13].
[13] Hurtaut et Magny, Dict. hist. de la ville de Paris, t. IV, p. 216-217.
On les appela Commanderesses, ou mieux Recommanderesses, mot qui étoit moins nouveau que leur office. Il servoit déjà depuis quelque temps à désigner certaines femmes qui faisoient une concurrence active, mais non gratuite, aux Catherinettes, pour le placement des servantes.
Nous en trouvons deux dans le registre de la Taille, de 1292, et, un peu plus tard, elles furent assez nombreuses pour donner leur nom à la partie de la rue de la Vannerie qu’elles occupoient du côté du carrefour Guillori[14].
[14] Voir ce qui en est dit plus loin.
Toute pauvre fille une fois placée par ces Recommanderesses, leur payoit un droit sur ses premiers gages, tandis qu’en sortant de l’Ostellerie Sainte Opportune, elle n’auroit eu qu’à dire merci à Dieu et aux bonnes sœurs.
Où celles-ci mettoient la charité, les recommanderesses mettoient le courtage.