Il commençoit, du reste, alors à fonctionner sous toutes les formes, dans presque tous les métiers, même ceux où il étoit inutile. Estienne Boileau eut donc soin d’exclure ceux qui en étoient les agents, c’est-à-dire « les couratiers », partout où il ne les trouva pas indispensables : « El mestier devant dit, écrit-il en pareil cas, ne puet ne ne doit avoir nul courratier[15]. »
[15] Est. Boileau, Livre des Mestiers, p. 149.
Ils n’en furent ni moins nombreux, ni surtout moins tenaces, pour tâcher de se faire une double proie, aux trousses du vendeur et de l’acheteur.
Il n’est pas de trafics où on ne les trouve.
Dans chaque négoce, se faufilent « proxenettes-couratiers, comme il est dit dans le Coustumier général, et autres commis à vendre marchandises à eux confiées[16]. » Veut-on, par exemple, pour entrer en campagne, ou seulement pour quelque passe d’armes, un bon cheval qui se puisse monter sans retard ? Désire-t-on une belle haquenée dont on puisse faire présent ? Le courtier est là qui vous les procure, et qui « moyenne », comme on disoit, le marché. « Alors, lisons-nous dans l’Hystoire du petit Jehan[17], à propos des palefreniers et maréchaux du roi auxquels, en arrivant, il s’étoit adressé, alors envoyèrent quérir les plus souffisants et féables couratiers de chevaux, et se informèrent des plus belles hacquenées qui fussent à Paris. »
[16] T. I, p. 899.
[17] Edit. Guichard, p. 69.
Les mariages mêmes déjà n’échappoient point à ces courtages, et les moines, disoient les mauvaises langues, s’en mêloient quelquefois. Ils se faisoient « moyenneurs de mariages », pour nous servir d’une expression de Philippe de Commines[18]. Une satire contre les Dominicains, que cite Du Cange[19], le leur reproche, ainsi que d’autres petits trafics de même sorte :
[18] Liv. III, ch. 8.
[19] Nouv. édition, au mot corraterius.