De maint marchié sont couratiers

Encor plus ils sont curatiers

De mariages.

Dans tout cela, si ce n’est pour ce qui intéressoit les servantes, à l’isolement desquelles pourvoyoit si naturellement l’œuvre des Catherinettes, il n’y avoit pas eu d’avantages nouveaux et surtout désintéressés en faveur du public.

Il lui manquoit toujours, lorsqu’il cherchoit à se renseigner sur ce qui lui importait pour ses besoins ou ses affaires, ce qui lui avoit manqué du temps d’Aristote.

L’idée et les vœux de celui-ci restoient ainsi pleinement à satisfaire, lorsqu’au XVIe siècle, un homme du meilleur sens, le père de Montaigne, s’en occupa, croyant, d’ailleurs, qu’on ne l’y avoit pas devancé. Il ne les réalisa pas, même par un commencement de mise en pratique ; mais grâce à l’autorité de son fils qui eut l’excellent esprit d’en parler dans ses Essais, et d’insister sur ce qu’il y avoit là de nécessaire, la voie cette fois leur fut ouverte, et quelqu’un, comme nous le verrons, éclairé, guidé par ce qu’il en avoit dit, se trouva enfin pour les faire passer du projet à l’application.

C’est au chapitre 34 de son 1er livre publié en 1580, que sous ce titre : D’un défaut de notre police, Montaigne nous a entretenus des idées de son père sur ce point, sans savoir plus que lui du reste qu’il y avoit eu Aristote pour précurseur.

« Feu mon père, dit-il, homme pour n’estre aidé que de l’expérience et du naturel, d’un jugement bien net, m’a dit autrefois qu’il avoit désiré mettre en train, qu’il y eust es villes certain lieu désigné, auquel ceux qui auroient besoin de quelque chose se peussent rendre, et faire enregistrer leur affaire à un officier estably pour cet effect : comme je cherche à vendre des perles, je cherche des perles à vendre, tel demande un ouvrier, qui ceci, qui cela chacun selon son besoin, et semble que ce moyen de nous entr’advertir apporteroit non légère commodité au commerce public ; car à tous coups il y a des conditions qui s’entrecherchent, et, pour ne s’entendre, laissent les hommes en extrême nécessité. J’entends avec une grande honte de notre siècle. »

A ce propos, prenant alors l’idée par ce qu’elle a de plus élevé et de plus charitable, il laisse tout ce qui peut y intéresser le commerce, et ne voit que ce qui s’y trouveroit d’avantages pour ceux que, malgré leur mérite, la misère tue, les moyens leur manquant pour faire connaître que ce mérite est sans emploi.

Il cite, comme exemples, deux savants, l’un d’Allemagne, l’autre d’Italie, morts ainsi, dit-il, « en l’estat de n’avoir pas leur saoul à manger, et, ajoute-t-il, croy qu’il y a mil hommes qui les eussent appelez avec très-avantageuses conditions, ou secourus où ils estoient s’ils l’eussent sçu. »