--Et elle a succombé, n'est-il pas vrai, à une affection de poitrine?

--Je crois que oui,--répondit en hésitant la gouvernante qui n'aimait pas la tournure que prenait la conversation.

--A vingt ans! se dit à elle-même Antoinette: c'est trop long. Oh! Madame Gérard, priez Dieu pour que je ne vive pas jusqu'à ma dix-huitième année.

Madame Gérard tressaillit et examina attentivement la figure de sa pupille.

--Ce serait espérer trop tôt la couronne, dit-elle tranquillement. Dieu peut exiger que tu portes ta croix, quelle qu'elle soit, plus longtemps que cela.

--Mais elle est si lourde! soupira la jeune fille en se parlant plutôt à elle-même qu'à son amie.

--Celui qui te l'a envoyée, te donnera la grâce et la force de la porter.

--Mais Il ne me l'a pas envoyée! dit Antoinette avec une vive émotion: c'est moi qui, dans mon aveugle folie, l'ai cherchée et trouvée.

--Porte-la néanmoins avec un courage chrétien, mon enfant, et ta récompense n'en sera que plus grande. Ah! Antoinette, je ne cherche pas à pénétrer tes secrets, ils sont sacrés pour moi; mais tout ce que je demande, c'est que tu ne mettes ton espoir qu'en Dieu seul.

--Vous parlez de secrets; ah! toute jeune que je sois, j'en ai un bien terrible, un secret dont le poids m'écrase, et j'ai été assez étourdie, assez insensée, pour jurer sur un signe qui m'est doublement sacré--et elle montrait la petite croix d'or suspendue à son cou--que je ne le révélerai jamais, à moins d'en avoir la permission. Sans cela, bonne et fidèle amie, je vous aurais tout dit avant aujourd'hui.