--Oh! Louis! je suis bien misérable, bien malheureuse! répondit-elle.
--Je m'en suis aperçu dès le premier instant de votre retour, répliqua-t-il gravement; vous n'êtes plus la jeune fille si gaie et si heureuse d'autrefois. Mais, chère Antoinette, puis-je faire quelque chose pour vous?
--Oh! oui, dit-elle en l'interrompant et en joignant ses mains. Tâchez de m'obtenir la permission de retourner prochainement, de suite, à Montréal.
--Oui, à la société si pleine de charmes de l'irrésistible Major Sternfield, continua-t-il avec une amertume pleine de jalousie dont il ne put se rendre maître. Assurément, s'il déplore votre mutuelle séparation la moitié autant que vous semblez la regretter, son nom et le vôtre mériteront de passer à la postérité comme un exemple du vif attachement des amoureux de nos jours.
--Oh! Louis, épargnez-moi les reproches et les railleries, je suis bien déjà assez misérable. Secourez-moi, si vous le pouvez; sinon, plaignez-moi.
Emu, le jeune Beauchesne s'exclama impétueusement:
--Non, Antoinette; c'est plutôt à vous de me plaindre, de me pardonner mon injustice. Dites que vous me pardonnez, et je tâcherai de me rendre digne de la confiance que vous avez placée en moi.
Ce pardon lui fut facilement accordé. Antoinette lui fit part alors de la prochaine arrivée de Madame d'Aulnay et du but qu'avait cette visite. Louis promit de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour favoriser le projet.
Madame Gérard entrant quelques instants après, il commença, avec elle, une conversation animée, pour détourner son attention de la jeune fille encore sous l'effet d'une vive agitation.