--Maintenant, dit-elle, tu vas voir comme la vieille tante n'a pas oublié son ancienne besogne.
Nonobstant l'opposition qu'y mit son neveu, elle commença avec célérité à rétablir en ordre le chaos qui régnait dans la cuisine. Cela fut bien vite fait, et quelque temps après un excellent souper composé de pain rôti, de jambon et d'oeufs,--car le garde-manger était convenablement pourvu--était placé sur la table.
Durant le repas elle le questionna avec intérêt sur les projets qu'il avait pour l'avenir; elle se montra satisfaite de ce qu'il poursuivait avec tant d'ardeur ses études légales, mais elle parla peu, très-peu, de ce qui concernait ses affaires domestiques. Une fois seulement, après un long silence, elle mit doucement sa main sur la sienne et dit tout bas en le regardant fixement en face:
--Armand, mon fils, je crains que tu ne sois pas très-heureux!
Il ne lui répondit pas autrement qu'en lui pressant la main et en détournant légèrement la tête. Un nouveau silence s'établit entr'eux et dura jusqu'à ce qu'un coup frappé à la porte les fit se lever. Armand alla ouvrir, et se jeune femme entra, portant sur ses traits réguliers un air demi revêche, demi provocateur.
--Comment trouve-tu la vie de ménage d'un cieux garçon? demanda-t-elle avec aigreur. Tu avais tant de sympathie pour Lizette que...
--Tante Françoise est ici! interrompit-il avec gravité.
Honteuse et confuse, Délima se retourna vivement et courut embrasser madame Ratelle qui la laissa faire froidement sans lui rendre sa caresse. Elle marmotta quelques excuses et le regret de n'avoir pas su que sa tante devait venir, car elle serait rentrée plus tôt pour lui donner le souper.
--Pourquoi, enfant, aurais-tu plus d'attentions et de prévenances pour moi que tu n'en montres à ton mari? Les titres qu'il y a sont bien plus grands que les miens.
La jolie bouche de la jeune femme fit la moue, son beau front se contracta, et elle partit pour aller se déshabiller en secouant légèrement la tête.