Ce n'était pas tant parce qu'il craignait le gaspillage et le désordre dans l'administration de sa maison que Paul désirait la présence de sa soeur: il était parfaitement accoutumé à ces deux choses là; mais c'était pour son enfant. Ce tendre petit nourrisson avait besoin de soins plus judicieux que ceux dont pouvaient l'entourer la tendresse capricieuse et la société ignorante de domestiques.

Une fois convaincu qu'il n'y avait plus lieu d'espérer que madame Chartrand viendrait vivre avec lui, il résolut de se remarier.

Ah! quelle honte! s'écriera peut-être quelque lecteur. Comment pouvait-il oublier si vite la jolie jeune femme qui s'était reposée, comme dans un nid, à son foyer et sur son coeur?

Il ne l'oublia pas; et de longues années après, à l'heure solennelle où les dernières scènes de la vie se retiraient de devant ses yeux obscurcis par l'âge, l'espérance de la retrouver dans un monde meilleur absorbait encore tous ses regrets terrestres.


V

Ce ne fut que par amour pour Geneviève que Paul chercha une mère pour son enfant, et cette pensée seule à l'exclusion de toute autre, le guida dans son second choix.

Sans se soucier de la jeunesse, de la beauté et de la richesse, il passa en revue plusieurs filles aux yeux clairs, aux lèvres roses, qui auraient volontiers accepté sa demande, et en choisit une qui n'avait pas une grande beauté, mais qui était aimable, vertueuse, et déjà considérée dans la paroisse comme une vieille fille; en cela il avait la ferme conviction qu'en autant que la chose serait possible, elle remplacerait auprès de son fils qu'il idolâtrait, la jeune mère que celui-ci avait prématurément perdue.

Le jour qu'il demanda Eulalie Messier en mariage, il lui expliqua franchement les raisons pour lesquelles il se décidait à changer son état, ajoutant qu'il l'estimait et la respectait, et qu'il ferait tous ses efforts pour faire un bon mari; mail il ne lui dit pas un suel mot d'amour. Eulalie fut parfaitement satisfaite, et très reconnaissante envers la Providence et envers Paul; car sans dot et sans attraits personnels elle semblait irrémédiablement condamnée à rester seule, ce qui équivalait, selon elle, à une vie d'isolement et d'un labeur sans fin.

Le second mariage de Paul eut lieu par une brûlante journée de juillet, mois aussi incommode par l'ardeur de la chaleur aux habitants de cette terre de neiges et de glaces que si nous demeurions sous les tropiques.