De retour à la ville, notre héros se livra à la routine journalière de sa vie avec autant de diligence qu'avant, mais avec une disposition d'esprit moins joyeuse. Les lettres de chez son père devinrent de plus en plus rares et aussi peu satisfaisantes que jamais; de son côté, il écrivit bien rarement, et lorsqu'il le faisait, il adressait ordinairement ses lettres à Paul.

Par une superbe après-dînée qu'il paraissait plus triste que d'ordinaire, madame Martel, à qui il faisait pitié, vu que depuis quelque temps il était souvent retenu à la maison et au bureau, insista auprès de lui pour qu'il allât se promener.

--Et puis, M. Durand, ajouta-t-elle, si vous aviez la bondé de m'obliger en emmenant ma pauvre Délima avec vous. Elle aussi a besoin de prendre l'air: elle est si industrieuse et travaillante, qu'elle ne pense jamais à se reposer.

Sans laisser voir d'intérêt ou de plaisir, Armand consentit, et la vieille madame Martel partit souriante et joyeuse pour aller dire à sa cousine de s'habiller. Délima voltige bientôt en bas des escaliers: elle était vraiment charmante dans sa simple mais gracieuse toilette, et Armand lui ouvrit la porte en lui adressant quelques paroles de politesse. Tout-à-coup, madame Martel accourut dans le passage, tout essoufflées d'être descendue avec précipitation, et pria Délima d'aller chez sa cousine Vézina pour emprunter le patron de sa coiffe neuve.

--C'est un peu loin, dit mademoiselle Laurin en hésitant.

--Où demeure-t-elle? demanda Armand.

--Près du Pied-du-Courant, à Hochelaga.

--Oh! c'est très-loin, répliqua-t-il; cette course va trop fatiguer mademoiselle Laurin.

--Pas du tout, interrompit à la hâte madame Martel. Délima est une bonne marcheuse: il n'y a pas de distance pour la fatiguer, et je voudrais bien avoir ma coiffe neuve pour dimanche. Soyez assez bon pour m'obliger, M. Durand.

--Bien, puisque vous insistez et que mademoiselle Délima pense être capable d'entreprendre la route, je le veux bien.