Le docteur Gmelin visita la grande montagne d'aimant dans le pays des Baskirs. C'est, à proprement parler, une chaîne de montagnes qui s'étend du nord au sud, à la longueur d'environ trois werstes, et qui, du côté occidental, est divisée par huit vallons de différentes profondeurs, qui la coupent en autant de parties séparées. Du côté oriental est un steppe assez ouvert, dont la partie occidentale est éloignée d'environ cinq à six werstes du Jaïk; du même côté, et au pied de la montagne, passe encore un ruisseau sans nom qui, à deux werstes au-dessous, va se jeter dans le Jaïk. La septième partie ou section de la montagne, à compter de l'extrémité septentrionale, est la plus haute de toutes, et sa hauteur perpendiculaire peut être de quatre-vingts à quatre-vingt-dix brasses. Celle-ci produit aussi le meilleur aimant, non pas au sommet, qui est formé d'une pierre blanche tirant sur le jaune, et participe d'une espèce de jaspe, mais à environ huit brasses au-dessous. On voit là des pierres du poids de deux mille cinq cents à trois mille livres, qu'on prendrait de loin pour des pierres de grès, et qui ont toute la propriété de l'aimant. Quoiqu'elles soient couvertes de mousses, elles ne laissent pas d'attirer le fer ou l'acier à la distance de plus d'un pouce. Les faces exposées à l'air ont la plus forte action magnétique; ceux qui sont enfoncés en terre en ont beaucoup moins. D'un autre côté, les parties les plus exposées à l'air et aux vicissitudes du temps sont moins dures, et par conséquent moins propres à être armées. Une pierre d'aimant de la grandeur qu'on vient de décrire est composée de quantité de petits aimants, qui opèrent en différentes directions. Pour les bien travailler, il faudrait les séparer à la scie, afin que le bloc qui renferme la vertu de chaque aimant particulier demeurât tout entier; on obtiendrait vraisemblablement de cette façon des aimants d'une grande puissance. On taille ici des morceaux au hasard, et il s'en trouve plusieurs qui ne valent rien du tout, soit parce qu'on abat un morceau de pierre qui n'a point de vertu magnétique ou qui n'en renferme qu'une petite parcelle, soit parce que dans un seul morceau il se trouve deux ou trois aimants réunis. A la vérité, ces morceaux ont une vertu magnétique; mais comme elle ne converge pas vers un même point, il n'est pas étonnant que l'effet d'un pareil aimant soit sujet à bien des variations.
L'aimant de cette montagne, à l'exception de celui qui est exposé à l'air, est d'une grande dureté, tacheté de noir, et rempli de tubérosités qui ont de petites parties anguleuses, comme on en voit souvent à la surface de la pierre sanguine, dont il ne diffère que par la couleur; mais souvent, au lieu de ces parties anguleuses, on ne voit qu'une espèce de terre d'ocre. En général les aimants qui ont ces petites parties anguleuses ont moins de vertu que les autres. La portion de la montagne où sont les aimants est presque entièrement composée d'une bonne mine d'acier, qu'on tire par petits morceaux entre les pierres d'aimant. Toute la section de la montagne la plus élevée renferme une pareille mine; mais plus elle s'abaisse, moins elle contient de métal. Plus bas, au-dessous de la montagne d'aimant, il y a d'autres pierres ferrugineuses, mais qui rendraient fort peu de fer si l'on voulait les faire fondre. Les morceaux qu'on en tire ont la couleur du métal, et sont très-lourds. Ils sont inégaux en dedans, et ont presque l'air de scories, si ce n'est qu'on y trouve beaucoup de ces parties anguleuses. Ces morceaux ressemblent assez, à l'extérieur, aux pierres d'aimant; mais ceux qu'on tire à huit brasses au-dessous du roc n'ont plus aucune vertu. Entre ces pierres, on trouve d'autres morceaux de roc qui paraissent composés de très-petites parcelles de fer, dont ils montrent en effet la couleur. La pierre par elle-même est pesante à la vérité, mais fort molle; les parcelles, intérieurement, sont comme si elles étaient brûlées, et elles n'ont que peu ou point de vertu magnétique. On trouve aussi de loin à loin un minerai brun de fer dans des couches épaisses d'un pouce, mais il rend peu de métal. La section la plus méridionale, ou la huitième partie de la montagne, ressemble en tout à la septième, si ce n'est qu'elle est plus basse. Les aimants de cette dernière section n'ont pas été trouvés d'une aussi bonne qualité. Toute la montagne est couverte de plantes et d'herbes, qui sont presque partout assez hautes. On voit aussi par intervalles, à mi-côte et dans les vallées, de petits bosquets de bouleaux. Cette montagne, au reste, outre cet aimant, n'offre qu'un roc ordinaire; seulement en certains endroits on y rencontre de la pierre à chaux.
(Suivent d'autres détails du voyage, qui n'offrent pas assez d'intérêt pour être relatés.)
CHAPITRE II
PÉNINSULE DU KAMTCHATKA,
EXPLORÉE DANS LES ANNÉES 1770-1771, PAR LE COMTE BENIOWSKI.
Voici une description abrégée de cette péninsule d'après les Mémoires du comte Maurice-Auguste Beniowski, dont nous avons publié séparément la vie et les aventures.
CONSTITUTION PHYSIQUE DU PAYS
La péninsule de Kamtchatka forme l'extrémité du nord-est de l'Asie; sa côte occidentale est très-sinueuse, forme différents ports et est coupée par plusieurs rivières, dont la plus considérable est celle de Bolsha. Les vaisseaux d'Okhotsk entrent dans cette rivière, ce qu'ils ne peuvent faire cependant avec sûreté que dans le temps des marées du printemps, qui montent alors jusqu'à dix pieds. Il est difficile de remonter cette rivière, à cause de la rapidité du courant et du grand nombre d'îles qu'elle contient.