Le Kamtchatka, en ouvrant asile à nos navigateurs pendant l'hiver, les engage à tenter de nouvelles découvertes. A présent ce n'est qu'un rendez-vous et un entrepôt pour l'échange des riches fourrures que les chasseurs apportent des îles Kouriles et Aléoutiennes; mais si l'on jugeait à propos d'établir des colonies dans ces îles, et d'entretenir un commerce avec la Chine, le Japon, la Corée, etc., le Kamtchatka deviendrait une source de richesse et de prospérité pour la Russie.
Cette presqu'île peut servir aussi à établir une communication entre les deux continents de l'Asie et de l'Amérique. Le seul port commode sur la côte orientale est la baie d'Avatcha, nommée Racova. Le gouverneur du Kamtchatka a bâti un fort régulier capable d'en défendre l'entrée.
Les habitants de la zone torride voient dans le soleil la source du feu; mais les nations septentrionales la trouvent dans les volcans. Il y en a plus de vingt dans la presqu'île du Kamtchatka; les plus célèbres sont à Avatcha, Tolbachz, et près de la rivière de Kamerolteira. Les mêmes principes qui ont dont donné naissance aux volcans, ont produit un grand nombre de sources chaudes qui ont la vertu des eaux minérales. L'eau qui coule de ces sources est couverte d'une écume noire.
Toutes les tentatives faites pour la production du grain ont été sans succès, excepté dans des terrains préparés par des engrais. Quoiqu'il y croisse naturellement assez de bois pour la construction des huttes, il n'y en a point de propre à la construction des vaisseaux. On trouva dans toute l'étendue de la province cinq vaches, deux taureaux, qui étaient nourris avec de l'écorce de bouleau neuf mois de l'année, car il n'y a de verdure que du mois de juillet au mois de septembre.
Le climat et la température du Kamtchatka ne sont pas non plus aussi doux que plusieurs écrivains l'ont prétendu. Un brouillard continuel, qui couvre tout le pays, produit des affections scorbutiques et d'autres maladies qui nuisent à la population. La rigueur du froid est telle, que durant le dernier hiver (1769), on a trouvé plusieurs soldats gelés dans leurs postes. Le long séjour de la neige occasionne la cécité, de sorte que les naturels ne passent guère quarante ans sans devenir aveugles.
PRODUCTIONS
Le Kamtchatka produit des métaux. Près d'Avatcha il y a des mines d'or, et près de Girova des mines de cuivre. Les montagnes fournissent du cristal de roche, dont quelques échantillons sont verts et rouges; les naturels s'en servent pour faire des pointes à leurs javelines. Les seules espèces d'arbres qui croissent au Kamtchatka sont une sorte de sapin bâtard, des cèdres, des saules et des bouleaux; le cèdre porte une graine que les habitants aiment beaucoup; l'écorce des saules et des bouleaux leur tient lieu de pain. La seule plante utile est le sarana, qui fleurit et donne du fruit au mois d'août. Les Kamtchadales en font de grandes provisions, et en forment avec leur caviar une certaine pâte qu'ils trouvent délicieuse, mais qui, pour d'autres, n'empêcherait pas de mourir de faim. Outre le sarana, le gouvernement a fait ramasser une plante nommée vinoroya, d'où l'on extrait une sorte d'eau-de-vie qui produit un faible revenu; mais l'usage en est dangereux, car cette plante est un poison des plus actifs.
ANIMAUX
Le Kamtchatka ne brille pas beaucoup du côté du règne animal. Le premier rang est dû aux chiens, qui tiennent lieu de chevaux de trait, et dont la peau, après leur mort, sert de vêtements. Les chiens du Kamtchatka sont grands, forts, laborieux; on les nourrit avec de l'opana, composition faite de vieux poisson et d'écorce de bouleau; mais plus communément ils sont obligés de chercher eux-mêmes leur nourriture, c'est-à-dire quelques poissons, qu'ils trouvent dans les rivières produites par les sources chaudes.