Ceux qui se gorgent du sang des innocents vivent eux aussi en famille; ils ont un nid tranquille; seuls, les pauvres et les honnêtes sont privés d'espoir.

Reviens donc, ô toi, souffle de ma vie, reviens, mon unique consolation! N'entends-tu pas ma plainte amère?

Aie pitié de moi, rends-moi ton amour, conduis-moi vers mon nid, vers mon rocher, et je m'abriterai sous tes ailes.

—C'est ainsi que, dans la nuit silencieuse, lorsque toute la terre était plongée dans une sérénité divine, mes oreilles ouïrent les plaintes de la colombe.

Et, chaque fois que mon oreille entend une colombe plaintive, mon cœur est profondément ébranlé par les pleurs de mon peuple.

Un grand nombre d'écrivains et de traducteurs ont encore illustré cette époque. S. Bloch, auteur d'une géographie universelle et d'une description de la Palestine, écrites dans un style oratoire, est le plus important d'entre eux.

Juda Mises combattit, dans ses ouvrages, Techunath Harabanim (Caractéristique des rabbins) et Kineath Haemeth (Le zèle de la vérité), la tradition rabbinique et les autorités du Moyen-âge. Son rationalisme suranné lui attira des reproches sévères de la part de Rapoport. Il n'en a pas moins suscité une polémique digne d'attention et féconde par ses suites.

Là s'arrête la prépondérance des littérateurs polonais, autrichiens. Le centre de l'activité littéraire sera définitivement transportée en Russie. Le Hassidisme aura bientôt envahi et conquis toute la Galicie, et la littérature hébraïque, confinée dans quelques cercles étroits, n'y retrouvera plus jamais sa floraison première.

Si le centre du mouvement littéraire hébraïque était en Galicie pendant toute la première moitié du xixe siècle, il ne faut pas croire que les lettrés juifs des autres pays n'y participassent point. Presque dans tous les pays slaves aussi bien que dans l'Occident, en Allemagne, en Hollande et surtout en Italie, l'hébreu est cultivé par des savants et des lettrés de mérite. Zunz, Geiger, Jellinek et Frænkel ont publié quelques-uns de leurs travaux en hébreu.

À Amsterdam, parmi toute une école de lettrés, nous relevons le nom du poète et savant Samuel Molder (1789-1862). Éditeur de plusieurs recueils littéraires, il nous a laissé, en dehors de ses remarquables études sur l'histoire, des poésies qui étaient très goûtées par ses contemporains, et publiées pour la plupart dans le recueil Bicoureï Toeleth (Prémices Utiles), qu'il rédigea à Amsterdam en 1820.